CA du 7 février 2025 : Les élu·es Résistons ! ne font rien et ne servent à rien, c’est bien connu !

La campagne en vue des élections aux conseils centraux est arrivée dans sa dernière ligne droite. Résistons ! dont les élu·es et sympathisant·es se sont opposé·es depuis vingt ans à la LRU, à Parcoursup, à Bienvenue en France la si mal nommée, à la LPR, au récent projet des Key-Labs et aux logiques de destruction du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche contenues dans ces mesures successives, ne brigue pas la présidence de Paris 8. En effet, nous  sommes persuadé·es que là n’est pas notre place de représentant·es des personnels. Si Résistons ! présente plusieurs listes dans les différents conseils et commissions, c’est avec le même objectif qu’il y a quatre ans, celui d’une plus grande transparence et collégialité, celui d’une opposition sans concession, mais d’une opposition constructive capable de travailler en bonne intelligence avec l’équipe présidentielle quelle qu’elle soit.

Propos méprisants : dans un mail daté du 7 février 2025, Résistons ! est la cible d’une attaque blessante, émanant d'une des listes qui brigue la présidence. Vos élu·es y sont qualifié·es de « très légère opposition autoproclamée » qui « se contente de promettre des comptes rendus ». Sans doute faut-il être suffisamment nantis pour ne pas avoir besoin d’appui syndical et pour méconnaître à ce point le travail quotidien des syndicats de notre liste (CGT, FSU, SUD) : information sur les droits sociaux, suivi de dossiers collectifs et individuels, accompagnement de collègues en souffrance et bien d’autres choses. Sans doute faut-il faire si peu collectif pour ignorer que des élu·es de cette même liste ont affirmé publiquement la bouffée d’air apportée par nos comptes rendus ! Ce qui nous est reproché est, sans doute, notre choix de refuser toute alliance pour rester indépendants, afin de demeurer des élu·es d’opposition quelle que soit l’équipe en tête. À l’heure où ce message arrivait dans vos boîtes mail, vos élu·es siégeaient au CA et travaillaient à gagner des avancées et à récuser des dossiers mal ficelés. En voici deux exemples :

  • Droits sociaux des emplois étudiants : lors de l’examen du schéma directeur des réussites étudiantes, nous demandons qu’au-delà du satisfecit, soit ajoutée l’amélioration des droits sociaux de ces emplois précaires, au titre des actions à développer et nous obtenons l’unanimité. C’est un point d’appui pour l’avenir qui engage notre université. Qui donc accompagne, depuis plusieurs années, les emplois étudiants dans la négociation de leurs droits si ce ne sont les syndicats ?
  • Dossier mal ficelé au sein de l’UFR Droit : Lors du vote des tarifs de la préparation à l’École nationale de la magistrature, prépa intégrée à l’UFR Droit, les élu·es Résistons ! identifient des contradictions dans les tarifs, pourtant déjà votés par la CFVU. On y trouve des tarifs à destination des boursiers de 200€ plus élevés que pour d’autres catégories d’étudiant·es. En l’absence d’éclaircissements satisfaisants, nous obtenons que le dossier soit renvoyé à un prochain CA, à charge pour l’UFR de revoir sa copie. Durant le mandat 2021-2025, Résistons ! n’avait pas d’élu·es à la CFVU et c’est bien dommage ; cette année, nous avons des candidat·es dans le collège B.

Ce ne sont là que deux exemples cocasses de ce que nous étions en train de faire pendant l'envoi du mail désobligeant, mais nous avons prouvé à de nombreuses reprises la valeur de nos élu·es et de leur travail dans les conseils comme en témoignent nos… comptes-rendus :).

Soyez certain·es que si nous obtenons suffisamment de suffrages et d’élu·es, nous continuerons le même travail, y compris avec celles et ceux qui, aujourd’hui, affichent leur mépris à notre égard. Notre université le mérite !

Asphyxie et renoncements : schéma directeur des réussites étudiantes

Donner du sens ou se faire asphyxier ? La VP CFVU présente les presque 100 pages qui constituent le document. L’objectif a été, nous dit-elle, de donner du sens à l’injonction de la loi ORE. C’est à l’issue d’une large concertation avec la communauté universitaire que le choix a été fait de penser la réussite étudiante au pluriel, à rebours des seuls indicateurs de taux de réussite. Ces derniers ont néanmoins été produits avec l’objectif de rendre intelligible, dans le langage des tutelles, ce qui est fait dans notre université, ajoute-t-elle. Ce schéma directeur est construit autour de trois volets appréhendant les étudiant·es de manière globale : un volet « capacitation », centré sur l’autonomie et la capacité à agir, y compris sur le monde ; un volet « vie de campus », centré sur la création d’un environnement d’études épanouissant ; un volet « université monde » encourageant la mobilité en vue de former des citoyens du monde éclairés.

Vos élu·es partagent la philosophie générale qui a guidé la production du document et reconnaissent l’ampleur du travail accompli. Pour autant, ils soulignent que les schémas directeurs qui se multiplient comme des petits pains sur l’injonction des tutelles sont clairement destinés à asphyxier les présidences et les services des universités et, au-delà, l'armée des collègues et des personnels BIATOSS en charge de ces dossiers. Ces derniers, fortement mobilisé·es durant ce temps ne sont dès lors plus concentré·es sur leur "cœur de métier". Certains, comme le schéma directeur du numérique, nécessitent en outre le recours à des consultants extérieurs coûteux et contribuent ce faisant un peu plus à l'asphyxie financière des universités. Réjouissons-nous que ce ne soit pas le cas de celui-ci, lequel a mobilisé beaucoup trop de temps et d’énergie à ses inombrables contributeurs et contributrices. Il est urgent de repenser sous une forme plus économique la manière de répondre aux injonctions des tutelles ainsi que la pertinence d’y répondre systématiquement, d'autant que nous sommes l'une des rares universités à avoir réaliser ce pensum.

Outil de fluidification ou de bureaucratisation ? Premier renoncement à nos valeurs d’inclusion : parmi les projets d'ampleur, le schéma directeur prévoit la création d'un nouveau service : le Service Commun des Transversalités et des Réussites Étudiantes. Vos élu·es font part de leurs doutes sur l’objectif de coordination dévolu à ce nouveau service. Il va nécessiter le recrutement d'un directeur ou une directrice, d'un ou d'une nouvel·le ingénieur·e d’études, la mise en place d'un conseil d'enseignant.es-chercheur.es... Un renforcement de la bureaucratie universitaire se dessine et les collègues, dans un contexte où trop de postes sont gelés, ne savent déjà plus où donner de la tête et ont d’autres chats à fouetter que de s’investir dans l’armée mexicaine d’instances qui ne cessent eux aussi de se multiplier. Cerise sur le gâteau, le document nous indique que ce nouveau service commun va intégrer un ChatBot à base d'IA générative chargé de fournir aux étudiant·es les réponses de niveau 1 aux questions qu'ils et elles se posent. Si la déshumanisation des rapports sociaux semble plaire à certains, vos élu·es attirent l’attention sur le fait que les ChatBots génèrent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent (bordélisation annoncée ; désastre écologique) et, tout aussi grave, ce sont des dispositifs d’inégalités et d’exploitation qui découragent les personnes les plus en difficultés. Au vu du profil social et académique de nos étudiant·es, associer un ChatBot à ce nouveau service commun constitue un premier renoncement à nos valeurs d’inclusion. Pour en savoir plus, nous vous recommandons la lecture du manifeste HIATUS : L'IA contre les droits humains, sociaux, et environnementaux.

Innovation pédagogique ou mise à l’écart des étudiant·es les plus fragiles ? Second renoncement à nos valeurs d’inclusion. Le schéma directeur ne fait pas l’impasse sur le développement du numérique. Ce dernier est présenté comme un soutien à l’innovation pédagogique (« outils d’ancrage mémoriel, adaptive learning, auto entraînement à l’oral, outil de coaching apprenant ») dans le cadre du déploiement de l’offre de formation du LMD5 et devrait bénéficier à 5000 étudiant·es dès la rentrée 2026, principalement les étudiants de L1 et de l’IED. Il est fait ici implicitement référence au déploiement de la plateforme Ecri+ dont on sait qu’elle est parfois présentée dans les UFR et les départements comme un substitut à la réduction des heures complémentaires et des vacations. Or cette plateforme n'a pas vocation, comme il est écrit, p.22, à « développer les compétences liées à la capacité d’écrire des textes et de lire et comprendre de façon critique » ; au contraire, c'est un dispositif d'abrutissement et de découragement des étudiants les plus fragiles sur le plan académique. Nous pouvons l’affirmer en connaissance de cause : l’un·e de vos élu·es et deux de ses collègues ont testé la plateforme durant tout un week-end et le résultat fut catastrophique. Dans la même veine, y recourir, même sous forme d’enseignements hybrides, dans le cadre du LMD5 relève là encore du renoncement. Dans la même veine, l'adhésion à l’UVED (Université virtuelle sur les questions d'environnement et de développement durable) et la mise en place d’un module d’auto-formation pour tous les étudiants de Paris 8 seraient destinés à  accompagner (au mieux), ou à se substituer (au pire) à l’EC obligatoire du LMD5 sur les compétences en matière de transitions écologiques et sociales. Dans les deux cas, c’est une logique d’affichage et de cochage de cases (case « compétences écrites » ; case « transition ») à mille lieux d’une politique d’inclusion effective des plus fragiles. Les philosophes Paul Ricœur et Hannah Arendt, cités en introduction, doivent se retourner dans leur tombe.

Le recul du disciplinaire : le document acte ce recul au profit des compétences transversales, le LMD5 contraignant à inclure les EC M2E et M3P dans les unités d’enseignement fondamentales. Vos élu·es Résistons ! pointent les prémices erronées à l’origine de cette évolution : une déconnexion entre disciplinaire et transversal alors même que les enseignements disciplinaires ne développent pas uniquement du disciplinaire mais une diversité de compétences transversales, quoique pas toujours pensées comme telles.

Vite dit, bien dit

  • Dotés de nos plus beaux atours : les journées portes ouvertes se sont déroulées ce samedi et ont mobilisé beaucoup d’entre nous.
  • Le masque : la deuxième édition du festival de théâtre universitaire, à l’initiative du département théâtre de Paris 8, se tiendra du 24 au 28 février autour du thème du dialogue entre les arts.
  • … Et la plume : concours de nouvelles sur le thème de "la clé", avec un prix spécial destiné à la première nouvelle en français des étudiant·es réfugié·es politiques du DU passerelle.
  • En attendant Godot : vos élu·es attendent indéfiniment les comptes rendus officiels des précédents CA. Quant au compte financier, c’est promis, il sera traité par un prochain CA en charge des affaires courantes.
  • Décantation : la situation budgétaire des universités, jusque-là pétrifiée, va se décanter avec le vote du budget de l’État, nous dit la Présidente… Avec 1,5 milliards de dotation en moins pour l’ESR, ce n’est plus de la décantation, mais de l’évaporation !
  • Pensum : examen des rapports d’auto-évaluation des IUT de Montreuil et de Tremblay à destination de la CCN-IUT (commission consultative nationale des instituts universitaires de technologie). Une fois de plus, vos élu·es Résistons ! repèrent une maladresse qu'ils font réécrire.
  • Nursing : adhésion de Paris 8, pour un faible coût, à Euraxess France, un service qui accompagne les collègues et leurs familles dans le cadre de mobilités longues en Europe.
  • Cacahuètes : dans le cadre du programme « 1000 contrats d’étudiant·es mentors » de la région Ile-de-France, signature d’une convention permettant de développer une dizaine d’emplois étudiants supplémentaires.
  • On ne va pas en plus le remercier : le rectorat a validé l’ensemble des postes de notre campagne d’emploi de misère. Il n’allait pas nous en gratter un ou deux de plus, non ?!
  • Bruits de couloir : nous relayons, à la demande de collègues, l’interrogation sur la délocalisation du personnel ERUA à Bruxelles et sur l'existence d'un salaire d'un ou d'une de ces personnels à hauteur de 10 000 euros mensuels assortis d'avantages en nature tels que le transport hebdomadaire vers une autre grande ville d'Europe. Réponse de la présidente : il n’y a aucune délocalisation du personnel en cours, mais des échanges entre les universités membres sur l’opportunité de pérenniser l’alliance après 2026, au-delà des six ans de financement de la commission européenne, autour d’un legal status s’appuyant sur la loi belge pour éventuellement créer une association équivalente à notre loi 1901. L’enjeu est d’éviter une main mise française sur ERUA portée par Paris 8. Quant au salaire du secrétaire général d'ERUA, il est très en deçà du montant qui circule et il est assorti d’une prime annuelle à la demande de plusieurs universités de l’alliance. Son poste implique une présence dans les huit universités membres et donc une mobilité entre ces universités.
  • Vigilance due à l’incurie gouvernementale : Paris 8, comme d’autres universités, réalise une publication anticipée des postes d’enseignant·es-chercheur·es à la campagne synchronisée, dite au fil de l’eau. Cette publication est soumise à un arrêté ministériel de volumétrie des postes. Or, dans le contexte d’incertitude du budget de l’État, cet arrêté n'a pas été signé début février comme les années précédentes : le Ministère interdit toute publication de postes au fil de l’eau, cette année. Il en résulte un calendrier décalé d’une dizaine de jours (10 avril et non 31 mars). Les président·es de CoS et de comités consultatifs ont été prévenu·es par le SPTE qui, bien évidemment, n’y est pour rien. Si des CoS avaient prévu de se réunir avant le 10 avril, il faut qu’ils se signalent très vite au SPTE. Merci aux collègues du SPTE qui, dans ce contexte difficile, font le maximum et s’en prennent parfois plein les gencives.

Merci à nos lectrices et à nos lecteurs ; merci à celles et ceux d’entre vous qui vont voter pour nous ! Nous avons besoin de vos soutiens, non seulement d’estime, mais aussi dans les urnes.

Vos élu·es CA,
Résistons !