CA du 27 juin 2025 : reposez-vous cet été, la rentrée sera musclée

C'est la dernière séance du Conseil d'administration de l'année. Alors que les universités sont exangues, comme on va le voir ci-dessous avec notre budget rectificatif 2025, le gouvernement s'attaque une nouvelle fois à l'enseignement supérieur tandis que démarre la période de la pause estivale :

Reposez-vous bien cet été, car il faudra être à l'offensive dès la rentrée !

Budget rectificatif 2025 : les chiffres de la politique

Nous vous présentions la dernière fois, à l'occasion du dialogue d'orientation budgétaire 2026, les trois nouveaux indicateurs budgétaires que nos tutelles observent : la trésorerie (qui devrait rester supérieure aux besoins de 30 jours d'activité), le fond de roulement (qui devrait rester supérieur aux besoins de 15 jours d'activité), le ratio masse salariale / produits encaissables (qui devrait rester sous les 85%). Les seuils à respecter sont aussi arbitraires que le choix des variables observées et ont d'ailleurs été pour partie révisés par le Ministère en 2024, mais l'ensemble traduit clairement la vision libérale et managériale du service publique d'enseignement supérieur et de recherche du gouvernement. C'est donc à travers ce prisme que le budget rectificatif (BR) nous est présenté avec son évolution depuis le budget initial (BI) et une comparaison au compte financier (CF) de l'année précédente.

  • Trésorerie : 16,2M€ (34 jours) au BR contre 12,4M€ (26 jours) au BI — 28M€ (60 jours) lors du CF 2024.
  • Fond de roulement : 3,8M€ (8 jours) au BR contre 235k€ (½ jour) au BI — 4,8M€ (11 jours) lors du CF 2024.
  • Ratio masse salariale / produits encaissables : 86.62% au BR contre 88.64% au BI — 86.2% lors du CF 2024.

Comme chaque année, l'ensemble des indicateurs s'améliorent par rapport au budget initial qui est nécessairement préparé avant que l'on dispose de l'ensemble des notifications budgétaires et donc avec des prévisions prudentiellement pessimistes. Cela dit, encore deux des trois indicateurs observés sont en deça des seuils à respecter… parce que le gouvernement n'honore pas sa part de notre plan de rétablissement de l'équilibre financier (PREF).

En effet, si notre tutelle honorait la revalorisation de la subvention pour charges de service public (SCSP) prévu dans le PREF qu'elle a pourtant signé, notre fond de roulement passerait de 8 jours à un peu plus de 15 jours et le ratio masse salariale passerait de 86.2% à 84.16%. On aurait donc les trois indicateurs dans le vert dès ce premier BR 2025, alors que le PREF prévoyait un retour à l'équilibre pour 2027. Même si l'amélioration de la situation budgétaire s'explique en partie par la réception entre le budget initial et le budget rectificatif de la notification de subvention du CAS Pensions, elle témoigne des efforts budgétaires colossaux fait par notre université.

Du côté de Résistons, nous tenons à rappeler d'une part que nous n'étions pas dupes du comportement prévisible de nos tutelles, nous écrivions dès la mise en place du PREF en septembre 2024 que « la prévision d'augmentation, même très prudente, de la SCSP dans le PREF demeurre extrêmement hypothétique » ; et d'autre part que ces efforts bugétaires colossaux ont une traduction très concrète en terme d'organisation du travail : postes gelés, surcharge généralisée, dysfonctionnements qui se multiplient… Tout cela a un coût direct et conséquent tant en terme de santé au travail que de qualité de notre service public, mais ça, ce n'est pas pris en compte dans les indicateurs choisis !

Impossible donc de se satisfaire de ce budget, qui a été adopté malgré notre opposition avec 20 voix pour, 6 abstentions (S'unir et étudiant·es), et 6 voix contre (Résistons et Le Poing Levé).

IUT de Tremblay

Une alerte sur la situation à l'IUT de Tremblay est lancée. Des élu·es de la liste S'unir pour P8 rappellent d'abord la difficulté du personnel et des étudiants·es des IUT à accéder aux services centraux de l'université étant donné l'éloignement de l'IUT et la présence trop intermittente de représentant·es de ces services à l'IUT. S'unir interpelle ensuite sur les conflits et violences entre personnels et entre personnels et étudiant·es ayant donné lieu à signalements SST qui n'ont pas encore été véritablement traités. La présidence avance que la question a été discutée récemment en F3SCT et qu'une délégation est prévue en juillet. Résistons prend la parole pour insister sur la gravité de la situation et préciser qu’une nouvelle visite – qui plus, en juillet – ne fera pas avancer la résolution des problèmes, et qu’il faudrait une enquête administrative. Un long débat s'en suit. Résistons propose que le CA vote une motion attestant qu'il a été saisit des faits et enjoignant la présidence à prendre les mesures nécessaires pour assurer la santé et la sécurité des personnels et étudiant·es dès la rentrée prochaine. Le principe d'une telle motion, soutenu par le Poing levé, est rejeté. Une décision est prise a minima : la question de l'IUT de Tremblay sera mise à l'ordre du jour du premier CA à la rentrée.

Collaboration numérique

Suite à son enquête sur les besoins de notre communauté universitaire, la DSIN est venue présenter au CA plusieurs scénarios de mise en place d'une suite numérique collaborative. Il s'agit pour l'instant seulement de pistes de réflexion

  1. Statu quo (coût sur 3 ans : 369k€) : on reste dans la situation actuelle avec les mails hébergés localement à P8 avec Zimbra, on garde Zoom pour la visio, et on ajoute un cloud hébergé localement à P8 avec Nextcloud.
  2. Cloud hébergé commercialement (coût sur 3 ans : 586k€) : idem mais le Nextcloud est externalisée a une entreprise extérieure spécialisée qui le gère complètement.
  3. Externalisation des mails (coût sur 3 ans : 683k€) : idem avec en plus une externalisation du Zimbra pour les mails.
  4. Offre commerciale des Big Tech (coût sur 3 ans : 430k€) : passage sur une offre complète de chez Google Workspace (Gmail, Google Docs, Google Drive, Google Meet) ou de chez Microsoft 365 (Outlook, Office 365, OneDrive, Teams).

Du point de vue de la DSIN, les offres commerciales sont intéressantes car plus simples à gérer (uniquement de l'administration avec des outils prévus pour) et plus sécurisées (les mises à jours y sont appliquées plus rapidement, etc.).

Vos élu·es Résistons posent tout de même la question des offres européennes ou françaises (OVH, Infomaniak, CollabNext, La Suite numérique, etc.). La DSIN répond que ces offres sont beaucoup plus chères et parfois inadaptés au volume dont on parle ici (quelques dizaines de milliers d'utilisateur·ices — il ne faut pas oublier les étudiant·es dans l'équation).

Vos élu·es Résistons font ensuite remarquer que le passage sur les offres des Big Tech étatsuniennes représente une grave perte d'indépendance car il est quasi impossible de revenir en arrière et qu'on est ensuite pris au piège, et rappellent que derrière les tarifs relativement bas de ces offres commerciales complètes se cache la logique de la première dose gratuite. À notre demande, la DSIN communique l'évolution des tarifs de Zoom depuis sa mise en place, et nous ne croyions pas si bien dire : la première année l'abonnement à Zoom a coûté 30k€ à l'université, la seconde, 50k€, et depuis, c'est 100k€ par an (Zoom représente donc a lui seul la quasi totalité du coût sur 3 ans sur premier scénario).

Résistons suggère de rester préventivement sur le premier scénario pour les deux ou trois années à venir, le temps de voir comment évolue La Suite numérique, développée par le gouvernement français à destination de ses agent·es, avant de prendre une décision radicale et très difficilement réversible telle que celle du 4e scénario.

Quoi qu'il en soit, nous estimons que c'est un sujet qui n'est pas que technique mais aussi éminement politique, et dont l'ensemble de la communauté doit s'emparer pour permettre un véritable débat avant qu'une décision soit prise.

Vite dit, bien dit

  • Incendie du bâtiment H : Les pompiers sont arrivés à temps, pas de dégâts structurels a priori, donc les travaux ne devraient pas prendre de retard.
  • Deux nouvelles ERC à Paris 8 (mais finalement qu'une seule) : Alain Bonardi en musique, et Stefanie Buchenau en études germaniques, mais cette dernière part à Sorbonne Nouvelle dès la rentrée en emmenant avec elle le juteux contrat.
  • Mille-feuilles à venir : Suite à une question de la liste S'Unir pour P8, la présidence indique que son équipe élargie (vice-présidences fonctionnelles et chargé·es de mission) sera présentée à la rentrée.
  • Astreinte : Le projet de délibération est présenté comme devant permettre de réguler des dispositifs existants de fait en s'adossant à la législation nationale. Le principe est de fixer un modus operandi et des montants d'indemnités pour les astreintes, les services concernés étant essentiellement les services informatiques, techniques, et logistiques. Les personnels déjà sous contrat ne pourront pas se voir imposer d'astreintes. Le principe d'astreinte sera par contre ajouté aux contrats signés à l'avenir pour les postes concernés. Résistons appelle à la vigilance sur le fait que les dispositifs qui reposent sur le volontariat puissent être effectivement refusés.
  • Commission budgétaire : La nouvelle commission budgétaire, outre les membres de droit (VP CA, VP en charge du budget et des moyens, etc.) comprendra un·e enseignant·e de chacune des trois listes candidates au CA, un membre Biatoss et un·e élu·e de la première liste étudiante, Le Poing levé. Pour notre intersyndicale, c'est Camille Al Dabaghy qui accepte de s'y coller, merci à elle.
  • Désignations de membres : Le CA a désigné des membres pour le Conseil des relations internationales (CoRI), le Comité stratégique et scientifique de l’Alliance Paris-Lumières et le Comité de pilotage de Sciences avec et pour la société (CoPil SAPS).
  • Composition du CA de la Fondation Paris 8 : La fondation Paris 8 a été créée en janvier 2025 lors du mandat précédent. Rappelons que l'intersyndicale Résistons s'est positionnée contre cette pseudo machine à sous dès le début du projet, d’autant que l'une des personnalités qualifiées qui y figure fait partie de la fondation privée financée par le bijoutier Cartier. Ici, il s'agissait d'élire un nouveau membre EC dans le collège des usagers, du fait d'une démission. La candidature d'Annick Allaigre a été présentée et retenue avec 17 voix pour et 11 abstentions.
  • Projets CVEC (Contribution vie étudiante et de campus) et FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes) : L'ensemble des projets soumis ont été financés.
  • HCERES, suite (et fin ?) : Les avis définitifs du comité d'évaluation ont été rendus. L'ensemble des formations ont finalement un avis favorables sauf trois pour lesquelles le HCERES s'est senti incapable de formuler un avis : les licences d'informatique et de géographie, et le master de culture et communication. L'accréditation de l'ensemble de nos formations est maintenant entre les mains de la DGSIP qui recevra ces avis la troisième semaine de juillet, et rendra sa décision en septembre. Les trois formations sans avis sont en tension, donc il y a peu de mystère quant à leur accréditation. Mais ces différences de traitement résultent aussi du choix de ne pas faire une réponse unique et solidaire des différentes formations. Rappelons en outre une nouvelle fois que la procédure d'évaluation a causé énormément de souffrance au travail : à Paris 8, il y a eu 11 signalements SST qui font état d'un surtravail important et de tâches chronophages, de l’incohérence des calendriers, d’outils techniques inadaptés, de procédure et de critères d’évaluation discutables et opaques, de reproches infondés de la part des évaluateurs, etc. Résistons exige toujours des excuses écrites du HCERES pour cette évaluation manipulée, des réponses du MESR aux signalements SST qui y ont été déposés, une prise de position claire sur l'évaluation passée et ses conséquences sur les personnels de notre université de la part de notre présidence.

Vos élu·es CA,
Résistons !