CA des 7 et 24 mars et du 5 mai. Comme prévu, on est là…

Les élections pour les conseils centraux viennent d’avoir lieu à Paris 8. Contrairement à ce que certains prédisaient, le match entre les deux listes présidentiables n’a pas été serré. Surtout, contrairement à ce que certains auraient souhaité, la liste Résistons ! – qui, rappelons-le, ne concourrait pas pour la présidence, mais pour construire une opposition constructive – était bien présente et a obtenu plusieurs sièges. Si l’on ajoute aux sièges de Résistons ! les sièges obtenus par la CGT des Biatoss, voici le détail des résultats : 4 sièges au CA, 3 à la CFVU, 10 à la CR. À noter donc que, pour la première fois, nous serons également présents à la CFVU.

Pour ce mandat, Résistons ! compte renforcer sa cohésion et travailler en relation avec les deux instances représentatives des personnels (IRP) que sont le CSA et la F3SCT. Avec les temps durs à venir ou déjà là, Paris 8 a plus que jamais besoin de nous pour ne pas céder au ministère, tant que faire se peut – que ce soit dans le domaine de nos conditions de travail ou des libertés académiques –, pour résister en somme…

Nous regroupons ici les comptes-rendus des premiers CA et de la réunion des 3 conseils qui se sont tenus après les élections.

Au moment où nous finissons ce compte rendu, une expulsion est en cours à Paris 8. Nous vous en dirons plus très rapidement.

Des élections sans surprise

Des personnalités (très) extérieures

Le 7 mars, le CA a été convoqué pour élire ses 5 personnalités extérieures, 3 autres étant nommées d'office. On notera que la présence de ces personnalités fausse le jeu de la démocratie, puisqu'elle minimise le nombre des élu·es (à noter également ici le nombre ridicule de sièges réservés aux Biatoss : 4 personnes) : les 8 personnalités extérieures constituent presque un quart des membres du CA (34 membres). Si l’on ajoute à cela que la liste majoritaire chez les enseignant·es-chercheur·es a un bonus de 4 sièges (2 de PR et 2 de MCF), on comprend qu’il ne risque pas d’y avoir de surprise sur les votes à venir, puisque la liste majoritaire est, par définition, en mesure de faire élire les personnalités qu’elle propose. Il faut également noter que ces personnalités se présentent selon des catégories dont certaines sont aberrantes pour une université ; par exemple, la première catégorie est: « fonction de direction générale au sein d'une entreprise ».

Seule la liste majoritaire, Paris 8 en acte, a présenté des personnalités extérieures. Résistons ! n’en a pas présentées, à la fois parce qu'elle s'oppose à leur présence et aussi parce qu'il y a quatre ans nous avions présenté des candidat·es pour les catégories les plus adéquates – telle que le ou la « représentant-e des organisations représentatives des salariés » –, mais la liste majoritaire les avait évacuées, faisant élire systématiquement ses propres candidat·es.  Durant la séance, les élu·es de Résistons !, du Poing levé et de la liste S’unir pour Paris 8 ont soulevé des lièvres pour certaines candidatures. Et, à la surprise générale, le grand patron présenté pour la première catégorie – qui, pourtant, siégeait déjà au CA précédent –, n’a pas été élu ! Une nouvelle convocation du CA fut donc nécessaire (24 mars) et, cette fois, le patron présenté par la liste majoritaire – avec un profil il est vrai plus compatible avec Paris 8 – a finalement été élu. Inutile de s'étendre au sujet de ces personnalités, car de toute façon, elles voteront ce que la liste majoritaire leur demandera de voter…

Un vote consultatif à quelle fin ?

Le matin du 5 mai les trois Conseils se sont réunis, en grande pompe, pour écouter les deux présidentiables déclarés et leur poser des questions. Le débat fut abrégé pour aboutir à un « vote consultatif » à bulletins secrets… mais sans enveloppes, dont l'utilité est discutable. On se demande pourquoi avoir fait perdre leur temps à tant de gens… Ce vote a donné, comme attendu, la majorité à Arnaud Laimé (52 voix), suivi par les blancs de l'intersyndicale, du Poing levé et sans doute d'autres élu·es (20 voix), suivis de Jean-Louis Iten (19 voix).

Pour celles et ceux qui n’ont pas eu le temps de suivre la campagne, nous vous donnons un résumé fourni de cette séance à la fin de ce compte-rendu.

Des résultats sans surprise...

L'après-midi du même jour a eu lieu la véritable élection à la présidence par le CA seul :
Arnaud Laimé : 21 voix ; blancs : 8 ; Jean-Louis Iten : 4.

S'en est suivie l'élection du vice-président du CA :
Pierre-Olivier Chaumet : 21 voix ; blancs : 11 ; nul : 1.

Et une première proposition de résistance

Le premier CA s’est déroulé juste après l’élection. Deux points étaient à l’ordre du jour : la délégation de pouvoir du CA au président de l'université, et le calendrier universitaire de l'année à venir. Vos élu·es Résistons ont fait ajouter deux points supplémentaires à l'ordre du jour au sujet du COMP et d'une interrogation émanant du CSA.

Délégation de pouvoir du CA au président de l'université

Le document qu’on nous a dit être « habituel » contenait, selon nous, quelques points qui méritent discussion. Nous avons obtenu la révision du point suivant : « Le Conseil d’administration confère aux transactions signées par le Président le caractère exécutoire de plein droit pour celles dont les modalités financières annuelles sont inférieures à 100 000 euros TTC », en portant le montant à 50 000 euros, afin de garantir une meilleure transparence sur les prises de décisions budgétaires.

Piège à COMP !

Comment résister au COMP ? Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi : le gouvernement « expérimente » une nouvelle version des COMP (Contrats d’Objectifs, de Moyens et de Performance), bien plus dure. Comme vous avez pu le lire dans un communiqué syndical intitulé « le piège à COMP », la Cour des Comptes nous rappelle que, depuis 2022, ont été mis en place de « véritables contrats d’objectifs et de moyens pluriannuels, gages de clarté, d’efficacité, de performance » entre l’État et les universités. Les anciens ne fonctionnaient que pour l’obtention de financements supplémentaires sur projets mais, comme on n’arrête pas le progrès, désormais de nouveaux COMP doivent « marquer un tournant dans la relation entre les universités et l’État » et concerneront l’intégralité des financements des universités. Durant le CA, les élu·es Résistons ! ont demandé la tenue d’une réunion extraordinaire des trois conseils afin de discuter démocratiquement au sein de Paris 8 de l’adoption ou du refus de ce système : une première proposition de résistance ! Cette proposition n'a pas été saisie : le nouveau président a répondu qu’il était encore trop tôt, que, pour l’instant, le nouveau COMP n’était appliqué que de façon expérimentale à Lyon et Bordeaux. Du coup, malheureusement, on risque d'être mis devant le fait accompli… D'autant que le Ministère envisage d'ores et déjà une généralisation dès 2026 à toutes les universités ! On notera que l'« expérimentation » aura à peine commencé et n'aura donc permis de tirer aucune conclusion.

Résistons assure le lien entre les IRP et les conseils centraux

Qui est donc le supérieur hiérarchique d’un directeur ou d'une directrice d’UFR ? Suite à l’adoption, au CSA, d’un organigramme plaçant la direction d’UFR comme supérieur·e hiérarchique d’un·e RAF, les élu·es Résistons ! ont posé la question. Cette question a jeté un grand blanc, pendant un long moment, personne n'a su que répondre. La DGS a finalement répondu que c’était à la fois la DGS et le président. Bizarre, non ? Il nous semble que normalement, la DGS ne devrait être la supérieure d'un·e RAF.

Calendrier 2025–2026

Le calendrier universitaire pour l’année à venir a été présenté en incluant comme d’habitude des pauses pédagogiques facultatives, mais un propos étonnant est remonté du CSA : à savoir que, pour les départements qui prennent des pauses pédagogiques, les étudiants décrocheraient souvent après ces pauses. Après clarification, il est apparu qu’une seule organisation syndicale (BIATOSS) a émis cette opinion lors du CSA. Le calendrier a donc été voté en l’état.

Point d'attention. Vos élu·es Résistons portent à votre attention un changement de convention dans la présentation du calendrier. Pour la première fois depuis des années, le jour indiqué comme “Rentrée du premier semestre”, le lundi 15 septembre, ne correspond pas avec la “Semaine 1” qui démarre le lundi 22 septembre, ce qui introduit de la confusion sur la date réelle de début du semestre. Après demande de clarification auprès de la direction de la scolarité (qui refuse d'admettre le manque de clarté), il s'agit de “prendre en compte la semaine des pré-rentrées” dans le calendrier, et les cours du premier semestre démarreront donc la semaine du lundi 22 septembre (qui aurait été le jour de rentrée selon l'ancienne convention, donc). La semaine du 15 septembre sera donc, selon les formations, la semaine des journées de pré-rentrées et/ou de cours intensifs de début de semestre.

Vos élu·es CA,
Résistons !


Annexe : séance de présentation des candidatures

Et voici donc des notes plus fournies sur l’audition des candidats à la présidence devant les trois Conseils, le matin du 5 mai, avant le « vote consultatif » évoqué plus haut.

Audition de Jean-Louis Iten. Après un hommage (ironique ?) à Annick Allaigre pour sa présidence qui a été « une longue épreuve », il reconnaît la défaite de la liste S’unir pour Paris 8. Il rappelle que la campagne de la liste reposait sur deux présupposés : que les collègues voulaient du changement, et que l'équipe de la continuité n'avait pas de projet. Il reste persuadé que Paris 8 a besoin de changement : pour le budget, les conditions de travail ou les conditions d’études, qui se dégradent. Comme exemple de gestion problématique de l’équipe qui va continuer avec la nouvelle présidence, il évoque l’« Université des créations », un logo plutôt qu’un véritable programme. Il redoute des évolutions vers la privatisation et vers le recours aux cabinets de conseil. Il pense que la souffrance des personnels va augmenter. Il critique entre autres la multiplication des DU pour renflouer l'université, il dénonce l’hypocrisie face au HCERES (sur la page d'accueil de l'université, on se réjouit que certains de nos masters soient dans le top d'une agence privée d'évaluation), il critique la gestion de l’ERUA, il dénonce l’idéologie de « il ne faut pas fâcher la tutelle » (avec par exemple la tenue du colloque sur le conflit israélo-palestinien uniquement en ligne ; autre exemple, le ratage autour de l'UMR LEGS) et ce qu'il perçoit comme étant une « normalisation idéologique » avec la disparition des références à Vincennes dans la communication officielle de l'établissement.

Questions posées à Jean-Louis Iten. Les questions furent nombreuses, mais le temps n’a pas permis de développer. Résistons ! l’a interrogé sur ce qu’il aurait fait, en tant que président, pour résister et marquer des lignes rouges sur les négociations avec le ministère, ainsi que ce qu’il aurait fait pour lutter contre les dysfonctionnements et toutes les formes de harcèlement y compris les VSS, et pour offrir des aménagements aux personnes qui en ont besoin, notamment à celles et ceux qui ont un handicap. Le Poing levé l’a interrogé sur les dysfonctionnements à l’IED, sur le risque de privatisation (la plateforme S’unir pour Paris 8 évoquait des « partenaires »), ainsi que sur les étudiant·es en demande d’asile, entre autres. Paris 8 en acte l'a interrogé sur la sincérité de ses accusations contre l’ancienne présidence.

Audition d’Arnaud Laimé. Le candidat de Paris 8 en actes, commençant par une citation d’Henri Meschonnic, évoque le contexte politique difficile et décrit Paris 8 comme une université à l’ « excellence inclusive ». Puis, il développe le projet de Paris 8 en actes, composé de 5 actes et de 60 mesures. D’abord, les conditions de travail, qui sont les conditions pour tout le reste : il s’agit de développer un « dialogue social », avec un environnement de travail correct (notamment avec la réforme de la commission locaux), une politique RH ambitieuse (valorisation des parcours professionnels des agent·es contractuels et titulaires). Puis, la formation et la recherche au moment où l'on cherche à classer les établissements et à les diviser. Ensuite, la réussite étudiante, la réussite globale et pas seulement académique, avec ce que cela suppose de transversalité de la réussite étudiante (pas clair) ; il s’agit de mieux accueillir et de mieux accompagner, dans une articulation théorie-praxis, pour répondre aux besoins des étudiants, avec un service dédié en cours de création, et de lutte contre la précarité étudiante. Ensuite, les libertés académiques qui reculent partout, pour lesquelles il faut des solutions concrètes : un service d'appui à la communication scientifique ; une médiation scientifique avec les publics scolaires, entre autres. Viennent ensuite les transversalités et interdisciplinarités. Et, enfin, le numérique, où il s’agit de combattre la fracture, encadrer les usages de l'IA, entre autres.

Questions posées à Arnaud Laimé. Les questions furent encore plus nombreuses, comme nous nous doutions qu’il serait le futur président et, là, clairement, le temps du débat a manqué… Il a été interrogé brièvement sur la politique internationale, très longuement sur le budget, sur les blocages, sur le passage aux compétences élargies, sur le degré de résistance qu’il compte développer face aux pressions, sur les libertés académiques, sur l’ERUA. On ne vous raconte pas tout car, désormais, il s’agira vraiment de juger sur actes.