CA du 10 janvier 2025 : Sans relâche, faire vivre la démocratie universitaire
À la veille des élections aux conseils centraux, vos élu·es Résistons ! ne faiblissent pas. Ils et elles continuent à porter votre parole et à vous rendre compte de ce qu’il se passe et se vote au CA de votre université. Si nos marges de manœuvre sont faibles, nous constatons qu’elles sont encore plus faibles du côté de l’équipe présidentielle tant l’autonomie des universités consiste à gérer la pénurie et cela quoi qu’affirment les candidats en présence. La question à poser aux candidat·es des listes qui s’affrontent est ce qu’ils feront s’ils perdent les élections... Constitueront-ils une opposition constructive dans les conseils ou seront-ils là pour faire de la figuration ? Au CA, les élu·es de la liste vaincue qui prétendait à la présidence en 2021 ont voté durant quatre ans exactement comme l’équipe majoritaire ! Seul·es les élu·es Résistons lisaient les dossiers et préparaient systématiquement des questions. En témoignent non seulement nos comptes rendus réguliers, mais aussi les comptes rendus officiels que vous trouverez (avec retard) dans l’espace numérique e-P8.
Résistons ! présentera à nouveau des candidat·es. Notre objectif n’a pas changé : ce ne sont ni les places ni les hochets qui récompensent la loyauté des affidé·es qui nous meuvent, raison pour laquelle nous ne présenterons pas de candidat·e à la Présidence. C’est la défense de nos conditions de travail, tant d’enseignement que de recherche, et celle des conditions d’études de nos étudiant·es, toutes mises à mal par des politiques publiques de mise en concurrence généralisée, d’exacerbation des inégalités et de développement de l’enseignement supérieur privé, qui nous mobilisent. Attaché·es à faire vivre la démocratie universitaire, nous continuerons à porter votre voix.
Purée de pois : un budget initial 2025 dans un épais brouillard
Pour la troisième année consécutive, le CA a voté un budget déficitaire. Celui-ci a été adopté par 13 voix pour et 8 voix contre émanant des élus Résistons ! (CGT - FSU - SUD), CGT Biatoss, Dionysoise et Le Poing levé. Le budget, c’est toujours une prévision de recettes et de dépenses à un temps « t » en fonction des connaissances disponibles au moment de son élaboration. La vie réelle étant constituée d’imprévus, y compris budgétaires, la prévision initiale (BI pour budget initial) est réajustée une à deux fois durant l’année en cours, ce qui débouche sur un ou plusieurs budgets rectificatifs (BR). Une fois que l’on a compris ça, on a aussi compris que les déficits budgétaires ne sont que des déficits prévisibles. Le déficit réel n’est connu qu’a posteriori, lors du compte financier (CF) qui retrace les dépenses et les recettes réelles de l’année écoulée.
Pourquoi le budget 2025 de l’université est-il particulièrement dans le brouillard ? En l’absence de budget de l’État pour 2025, le ministère de l’ESR n’a pu pré-notifier aux universités le montant de leur dotation annuelle. Une circulaire s’est limitée à leur demander de bâtir leur budget sur la base de la notification de l’année écoulée, sans dépenses nouvelles. Il en résulte un budget initial sans base solide qu’il va donc falloir remettre sur le chantier dès que la dotation de l’État sera pré-notifiée et que le déficit de l’année écoulée sera connu grâce au compte financier 2024. Pour mémoire, celui-ci était estimé à environ 15 millions d’euros dans le plan de retour à l’équilibre financier voté à la rentrée, lequel n’avait pas convaincu vos élus.
Peut-on se passer de budget ? Une tribune d’un universitaire parue dans Les échos du 25 octobre 2023 discute très sérieusement cette question. Une telle conception dépolitise les choix budgétaires. Or, un budget est censé exprimer et rendre visible des choix politiques. Pour autant, dans une université comme la nôtre, où la masse salariale représente la presque totalité du budget, les choix susceptibles d’exprimer une orientation politique sont réduits à peau de chagrin… Sur un plan réglementaire, on ne peut pas se passer du budget car c’est son vote qui permet d’engager des dépenses et autorise la saisie de la campagne d’emploi.
Qu’est-ce qui vient plomber le budget 2025 ? Le gouvernement Barnier a imposé une hausse de 4 points de la cotisation employeur qui finance les droits à pension de retraite des fonctionnaires (« CAS Pension »), soit une dépense nouvelle de 1,5 millions annuel pour l’Université Paris 8. Il en résulte un déficit prévisible alourdi par rapport à la trajectoire prévue dans le plan de retour à l’équilibre financier. Doit-on s’inquiéter ? C’est une augmentation purement mécanique du déficit, dû au fait que ce budget initial est construit sur la dotation 2024 et non sur la pré notification de la dotation 2025. Or, aujourd’hui, on ne sait pas si l’État va ou non compenser l’augmentation du CAS Pension. En dehors de cela, on note comme l’année passée une reprogrammation d’investissements pour un montant de 5 millions.
Souvent État varie… Le ministère de l’ESR fixe aux universités des critères de soutenabilité qu’il modifie à sa guise. Ainsi, un arrêté de décembre dernier indique que le résultat n’est plus un critère de soutenabilité ; il modifie aussi le ratio masse salariale sur les recettes encaissables qui passe de 83% à 85% : ce qui n’était pas soutenable hier l’est donc aujourd’hui ! À Paris 8, ce ratio prévisible est de 84%, mais on s’en moque puisque c’est de la prévision sur du vent ou presque ! Faut-il dès lors s’affoler si l’indicateur d’un fond de roulement supérieur à 15 jours est désormais tombé à 0,5 jours alors qu’il était à 21 jours dans le plan de retour à l’équilibre financier ?
Les élu·es Résistons ! se sont étonné·es de l'augmentation considérable du nombre d’emplois équivalent temps plein financés sur les fonds propres de l’université. On en compte 77 de plus au budget 2025 contre une augmentation de quelques unités dans les budgets des années antérieures. On nous répond que c’est un effet du travail de cartographie des emplois qui a permis de mieux affiner la connaissance des emplois existant, mais aussi de mieux anticiper les emplois nécessaires sur les projets en cours (NCU, ERUA, Accélération…). On nous assure que ce sera inférieur dans la réalité. Même pour ce qui ne dépend pas de la dotation de l’État, le brouillard ne s’est pas levé !
Et comme toujours, vite dit, bien dit !
Belles au bois dormant : les finances dans le rouge ont fini par réveiller les président·es d’université qui se sont rassemblés sous la bannière "Universités en danger". Après le pied de grue sous les fenêtres de l’ancien ministre, ils et elles ont organisé une conférence de presse à la Sorbonne. Comble de l’audace, a même été créé un réseau des universités d'Île-de-France car même les meilleurs élèves se retrouvent désormais gros-jean comme devant.
Carnet rose ministériel : le nouveau ministre de l’ESR, Philippe Baptiste, est une vieille connaissance. En tant que directeur de cabinet de Frédérique Vidal, c’est à lui que l’on doit cette grandiose réussite qu’est ParcourSup. Le nouveau dircab d’Elisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale et de l’ESR, est François Weil, un historien qui a troqué, il y a 25 ans, la recherche contre une carrière de haut fonctionnaire. Jugez du pédigrée : président de l’EHESS, recteur de l’académie de Paris, conseiller d’État…
Émotion : hommage au sein de l'Institut d'études européennes à Bernard Maris, collègue économiste hétérodoxe, assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo, le 07 janvier 2015.
Bling-Bling : le 26 novembre, la nouvelle identité visuelle de l'université, fossoyeuse de la référence à Vincennes, a été lancée.
Machine à sous ? Perdants à tous les coups : la fondation Paris 8, dont on ne vous a pas caché le peu de bien que nous en pensions, est définitivement créée.
C’est balourd ! En 2022, une délibération avait retiré des biens à amortir (matériel de bureau, matériel pédagogique, etc…) ceux dont la valeur était inférieure à 800 euros. Il en a résulté une tendance à acquérir des biens ayant une valeur supérieure à 800 euros, même lorsqu’il n’y en avait pas l’utilité, afin qu’ils rentrent sur le plan comptable dans les biens susceptibles d’être amortis. Marche arrière toute : est soumis au vote du CA une délibération réintégrant les biens inférieurs à 800 euros dans les biens à amortir…
Inventaires à la Prévert : c’est la réjouissance annuelle que d’examiner la liste des biens amortis, parfois perdus, qu’il convient de sortir de l’inventaire. L’agent comptable s’excuserait presque d’avoir à nous la fournir et à nous faire perdre notre temps… Mais voilà, c’est règlementaire. C’est beaucoup plus court du côté des recettes exceptionnelles et un peu plus gênant du côté des admissions en non-valeur, autrement dit les créances non recouvrées. Cette année, ce n’est pas une paille ! 148 000 euros, soit trois fois plus que l’an dernier (oui, on a été vérifié). Vos élu·es s’inquiètent que plus de 100 000 euros concernent des contrats de professionnalisation (DUT, licences pro). On nous répond que cela provient de dossiers initialement mal montés mais que désormais l’agence comptable se montre plus vigilante…
Bienvenue à Paris 8 : à l’unanimité, et comme les années précédentes, le CA vote l’exonération des droits d’inscription majorés pour les étudiant·es étranger·es.
Le rectorat impose sa loi : le CAc avait suivi les demandes de plusieurs formations souhaitant diminuer leurs capacités d’accueil parcoursup en L1 ou BUT parce qu’en contexte de pénurie, elles ne parviennent plus à accueillir les étudiant·es dans de bonnes conditions. En L1, la demande portait sur une réduction globale de 225 places ; le rectorat en a accordé 15 et du côté de certains BUT, c’est carrément une augmentation du nombre de places. Les conditions d'étude et de travail, le rectorat s'en fiche. Sa mission, c'est de caser tou·tes les bachelier·es, peu importe où, peu importe comment.
Démocratie d’opérette : micro-ondes, fauteuils à sieste, végétalisation, casiers à code, boîte à livres et tables de pique-nique, tels sont les projets lauréats du budget participatif. On se réjouit cette année que ce ne soit pas, comme lors de la première édition, la réfection des toilettes… qu'il serait par ailleurs bon de rafraîchir dans toute l'université sans que ça dépende d'une mascarade de démocratie participative, mais pour des raisons de santé publique.
Vos élu·es CA,
Résistons !