CA du 23 mai 2025 : l'État abandonne l'université publique

Paris 8 : « université ouverte » ?

Le CA s'est ouvert par une discussion sur les évènements ayant eu lieu dans l'université suite à l'occupation de deux salles du bâtiment C par (notamment) des mères isolées avec leurs enfants mineurs. Après une longue explication du déroulé des évènements du point de vue de la présidence, détaillant les efforts déployés pour tenter de gérer au mieux la situation en lien avec des ONG, la DRIHL et les pouvoirs publics, les différentes listes présentes au Conseil d'administration se sont à leur tour exprimées. En résumé : S'unir pour Paris 8 dénonce le manque de transparence dans la communication, souhaite l'établissement d'une politique claire concernant le recours aux forces de l'ordre publiques ou privées, et réclame une université plus ouverte (tant physiquement qu'organisationnellement) ; des élu·es de Paris 8 en actes font remarquer l'absence de la mairie à ce CA ; du côté des étudiant·es, FSE, Solidaires et Le Poing Levé rappellent d'abord la situation de détresse des femmes et enfants concerné·es, interrogent la nécessité de faire appel aux forces de l'ordre pour une évacuation à l'aube si des solutions d'hébergement avaient effectivement été trouvées par les collectivités territoriales et la DRIHL, soulignent la mise en danger des étudiant·es et personnels que fait peser la présence des forces de l'ordre dans l'enceinte de l'université, soulignent le degré de tension qui s'est installé entre étudiant·es et personnels, et faisant état des mauvais choix successifs de la présidence, en appellent à sa démission ; vos élu·es Résistons rappellent leur soutien aux personnels et aux étudiant·es agressé·es et violenté·es, soulignent également le degré de conflictualité qui s'est installé ajoutant qu'il existe aussi entre étudiant·es et entre personnels, interrogent sur la pertinence du recours aux forces de l'ordre en premier lieu et demandent ce que la présidence compte faire pour apaiser les tensions et rétablir une forme de confiance au sein de notre communauté universitaire.

Les débats portent ensuite sur le rôle et l'utilité de la sécurité privée, sur son coût (environ 1% du budget, soit 1,6M€, pour 49 agents en roulement qui sécurisent un site où circulent environ 10000 personnes par jour) ainsi que sur les moyens de l'université pour, d'une part, peser face aux collectivités territoriales et à l'État, et, d'autre part,  jouer le rôle qui peut être le sien en tant que communauté universitaire pour venir en aide à des personnes en situation de détresse comme ces femmes et enfants (appui juridique et administratif, cours de langue, etc.). Rien de clair ni de consensuel n'en ressort.

Pour notre part, nous continuons de dénoncer le recours aux forces de l'ordre pour la première évacuation, qui est à l'origine des événements. Nous dénonçons également les méthodes inutilement violentes et parfaitement stupides qui ont terrorisé certain·es de nos collègues, et qui ont détourné notre communauté universitaire de la construction d'une solidarité et d'une fraternité indispensables, lui imposant un conflit délétère.

Débat d'orientation budgétaire 2026 : austérité COMPlète ?

Comme chaque année, a eu lieu le débat d'orientation budgétaire, en prévision de la préparation du budget de l'année suivante, ici 2026. Paris 8 continuera, comme 60 universités sur 75, à être dans le rouge, mais les indicateurs ont changé : nous n'avons plus à prendre en compte le fait que le résultat de l'année soit négatif ou non, mais à prêter attention à trois indicateurs « à seuil prudentiel » :

  • la trésorerie, qui doit rester supérieure aux besoins de 30 jours d'activité (fin 2024, Paris 8 suivait ce point) ;
  • le fonds de roulement, qui doit être supérieur à 15 jours d'activité (fin 2024, Paris 8 en était à 11 jours et, il y a encore 2 ans, le seuil prudentiel concernant le fond de roulement en était à 30 jours…) ;
  • le ratio masse salariale / ensemble du budget, qui doit rester sous les 85% (fin 2024, à Paris 8, on dépassait les 86%…).

Autant le dire clairement : l'avenir est plutôt inquiétant. Les projections pour le budget initial 2026 concernant ces indicateurs ne sont pas bonnes, et si on sait d'expérience que les projections des budgets initiaux sont généralement pessimistes par rapport aux résultats finaux présentés dans les comptes financiers, il n'en demeure pas moins qu'une réelle dégradation de la situation budgétaire est prévisible.

Pour rappel, l'Université Paris 8 a mis en place un PREF (plan de rétablissement de l'équilibre financier) fin 2024. Déjà à l'époque, vos élu·es Résistons mettaient en garde sur l'optimisme naïf concernant les recettes prévues, nous disons en particulier que « la prévision d'augmentation, même très prudente, de la SCSP dans le PREF demeure extrêmement hypothétique ». Et, effectivement, la SCSP (subvention pour charge de service publique) n'a pas suivi : elle était, en 2024 et en 2025, de plus de 4 millions en-deçà de ce à quoi nos tutelles se sont d'une certaine façon engagées en signant le PREF. Et cela, alors même que Paris 8 dispose d'un budget par étudiant relativement faible (8268€, soit 30% inférieur à la moyenne nationale).

Concernant les indicateurs, c'est la dégringolade : la trésorerie passerait à 8 jours avec le budget initial 2026 (78 jours si l'augmentation de SCSP prévue dans le PREF était honorée depuis 2024…), le fond de roulement à -18 jours (oui, négatif ! 28 jours avec la SCSP prévue dans le PREF). Aucune projection 2026 concernant le ratio masse salariale ne nous a été présentée.

Parmi les pistes envisagées concernant la maîtrise des dépenses, est clairement évoquée une réduction de la masse salariale ("les demandes de postes devront être justifiées de façon rigoureuse et faire l’objet d’une validation renforcée") pour ne parler que de ce qui nous inquiète le plus.

Lors de la discussion, il a été question de l'usage des fonds propres des composantes (générés notamment par l'alternance). La suggestion de donner un droit de regard (a posteriori, sur du déclaratif) à la CFVU sur les dépenses supérieures à 10000€ à été accueillie favorablement.

En tout cas, une chose est sûre : on ne s'en sortira pas sans que les tutelles honorent leur part du PREF avec une augmentation de la SCSP.

À ce sujet, vos élu·es Résistons, qui s'inquiètent largement de l'arrivée des COMP 100%, posent la question des informations dont on dispose concernant la négociation de ces nouveaux COMP. Le président répond qu'on n'a aucune information, et que les universités de deux académies qui expérimentent les COMP 100% dès cette année obtiennent leurs informations par la presse… Pour rappel, Résistons proposait déjà à la séance précédente du Conseil d'administration une réunion des trois conseils afin de discuter de la politique de notre université face à cette menace.

Pour information, les dialogues d'orientation budgétaire (DOB) 2026 avec les composantes auront lieu du 3 juin au 8 juillet, puis du 9 au 20 septembre.

Vite dit, bien dit

  • Le rapport d'activité 2023–2024 a été présenté. Nous vous invitons à le consulter ici.
  • Désignations de membres du CA :
    • au Conseil d’orientation des PUV : Anne Marijnen (unanimité - 4 abstentions)
    • au FSDIE : Benjamin Fiorini (unanimité - 3 abstentions) et Rachida Kamal (unanimité - 3 abstentions)
  • Frais pédagogiques de l’IED pour l’année universitaire 2025-2026 : le directeur de l'IED est venu présenter au CA des augmentations de tarif, il souhaiterait voir indexer sur l'inflation les frais d'inscription supplémentaires dont doivent s'acquitter les étudiant·es de l'IED. Nous avons voté contre, au côté des élu·es étudiant·es du Poing Levé et de la liste Solidaires/FSE, mais l'augmentation est passée avec 17 voix pour et 10 contre.
  • le FSDIE a présenté les projets financés, encore une fois ce sont essentiellement des étudiant·es en arts qui demandent et donc profitent de ce fonds.

Vos élu·es CA,
Résistons !