CA du 18 octobre 2024 : Où sont les lendemains qui chantent ?
Perroquet de Bercy et motion de défiance
La Présidente nous annonce que la veille, à France Université, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Patrick Hetzel, a discouru une heure durant sur la fin des moyens. Bercy estime que les universités ont les poches pleines et qu’elles n’ont qu’à puiser dans leur trésorerie, alors même que la plus grande part de celle-ci est pré-affectée. Bref, Bercy incite les universités à faire de la cavalerie ! Le Ministre a également suggéré que les universités les plus à l’aise mettent en commun leur trésorerie avec celles qui sont fauchées. On croit rêver : après la mise en concurrence débridée, voici l’injonction au partage ! Parmi les réjouissances, le compte d'affectation spécial « pension » ne sera pas compensé cette année. Bref, les temps sont durs et les lendemains ne sont guère chantants.
Les élu·es du Poing Levé souhaitent charger la barque déjà bien pleine du ministre, co-auteur en mai dernier d’une résolution à l’Assemblée nationale en vue de « la création d’une commission d’enquête relative à l’entrisme idéologique et aux dérives islamo-gauchistes dans l’enseignement supérieur » et proposent au CA le vote d’une motion qui, après échange, laisse place à celle-ci-dessous, votée à l’unanimité :
L’université est un lieu d’exercice d’une élaboration conceptuelle libre qui déconstruit les amalgames et contribue positivement à la vie démocratique du pays. Le CA de l'université Paris 8 réuni le 18 octobre 2024, dans le prolongement de la CFVU, tient à réitérer son attachement indéfectible à la vie universitaire comme lieu de débats et d’analyses critiques.
Comme le rappelle la Ligue des Droits de l’Homme dans la lettre ouverte au ministre en date du 8 octobre 2024 en réponse à son courrier qui évoquait entre autres les réunions et manifestations en lien avec le contexte international, d’une part, le devoir de neutralité évoqué par le ministre ne s’applique qu’aux établissements d’enseignements primaires et secondaires et en aucun cas aux établissements d’enseignements supérieurs (Art L-811-1 du Code de l’éducation). D'autre part, le Conseil d’Etat a rappelé récemment que « tout établissement d’enseignement supérieur doit veiller […] à l’exercice des libertés d’expression et de réunion des usagers du service public de l’enseignement supérieur […] comme à l’indépendance intellectuelle et scientifique de l’établissement, dans une perspective d’expression du pluralisme des opinions. »
Le CA tient, dans un contexte où il est fondamental de défendre les libertés académiques, à rappeler aussi son attachement indéfectible à l’indépendance statutaire et à la liberté d’expression des universitaires, ainsi qu’au libre exercice de l’analyse critique, comme l’indique l’article L. 952-2 du Code de l’éducation : « Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité.
Les libertés académiques sont le gage de l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche français. Elles s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs. »
Le CA s’inquiète particulièrement de la proposition, portée par le groupe parlementaire du Rassemblement National, de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête relative à « l’infiltration des idéologies contraires aux valeurs de la République ».
Dans le prolongement de ce vote, vos élus proposent de mettre à l’ordre du jour des prochains CAc et CA la charte sur les libertés académiques émanant de l’Association pour la liberté académique : https://liberte-academique.fr/, relayée par le collectif Rogue ESR. Le VP CA nous renvoie vers la nouvelle Vice-Présidente aux Libertés académiques.
Rapport d’étonnement : c’est quoi un Learning center ?
Vos élu·es Résistons demandent le report de ce point au prochain CA car ils n’ont pas pu lire les 32 pages du document principal en raison de sa transmission tardive (la veille) et de sa modification jusqu’à plus de 21 heures. Le report est refusé en raison d’enjeux de sanctuarisation des financements dédiés.
On comprend, de la présentation réalisée par la direction du patrimoine, que le Learning center est un des éléments de la politique de patrimonialisation de Paris 8 et qu’il s’inscrit au sein de l’opération « Cœur de campus ». Celle-ci a été engagée il y a plus de dix ans autour notamment du réaménagement du hall d’entrée de l’université, du regroupement des services communs tournés vers la communauté universitaire à proximité immédiate de l’entrée (SCUIO-IP, SUAPS, ACA…), de la création d’une offre élargie en matière de vie étudiante (espaces de travail formels et informels, espaces associatifs, tiers-lieux…), etc.
Si l’ambition initiale du projet Learning center était de s'adapter à l'usage des outils numériques, il a été progressivement reconfiguré en une offre élargie et adaptable de lieu(x) de vie et d’études et intègre des dispositifs existants : salle de recherche, service de médiation linguistique et numérique, salle de formation, salles de travail en groupes...
Concrètement, il consiste en une requalification des anciens magasins des revues papier, à offrir un accès à la BU au rez-de-chaussée et à faciliter l’intégration et la coordination d’un ensemble de services portés par différentes directions, soit 1000m2 d'accueil public supplémentaire à l'entresol et un coût total de 11 millions d’euros financés dans le cadre du Plan Etat-Région. Sur le plan architectural, son extension au rez-de-chaussée a vocation à améliorer la visibilité interne et externe de la BU et, ce faisant, de favoriser son attractivité. Enfin, au plan environnemental, il sera notamment l’occasion d’une mise à niveau des installations de chauffage.
Les élu·es Résistons font état du caractère optimiste d’un calendrier qui prévoit la désignation de la maîtrise d'oeuvre en mai 2025, l’octroi du permis de construire un an plus tard et une réception des travaux fin août 2027, ce à quoi la direction du patrimoine indique que quelques marges ont déjà été prises dans le calendrier présenté.
Nous demandons également quel sera l’impact sur le fonctionnement ordinaire de la BU des travaux et plus largement des 1000 m² du nouvel espace ? La direction du patrimoine précise que les impacts pendant les travaux seront à évaluer avec le maitre d'œuvre et qu’il est encore tôt pour envisager l'organisation du chantier et donc la question de la continuité du service au premier étage, lieu actuel d'accueil du public … De son côté, le directeur de la BU admet que les impacts sont importants et que c’est la raison pour laquelle il a rédigé au mois de mai dernier un rapport de découverte et d’étonnement autour du projet. Il insiste, citation de Deleuze à l’appui, sur le fait que ce projet immobilier est aussi un projet de service déjà en cours dont l’idée centrale est qu’il ne s’agit pas de faire passer la BU au numérique, mais que ce sont toutes les médiations qui se transforment. Il rappelle que le service de médiation linguistique et numérique est déjà actif et que la salle noire sera livrée en 2025. Il ajoute que c’est Alexandra Nobile, bibliothécaire à la BU, qui est en charge de faire le lien entre la dimension matérielle et la dimension de service du projet.
Vos élu·es Résistons s'inquiètent de l'impact de ce projet sur l'organisation du travail. Nous demandons quel personnel gérera le nouveau lieu d’accueil et ses entrées ? Le directeur de la BU concède que la question des recrutements et moyens supplémentaires reste pendante…
Nous signalons également que la nature peu définie des nouveaux espaces et l’objectif d’une constante adaptation de l’offre inquiètent nombre de collègues de la BU. Le directeur de la BU précise qu’il y aura des collections dans les extensions mais ce n'est vraiment pas le cœur du projet. Il n’y a pas de babyfoot de prévu comme le bruit en court et la restauration envisagée relèverait plutôt de l'épicerie solidaire.
Vite dit, bien dit
Compétitions très inégales : les critères d’attribution des délégations CNRS, CRCT, CPP, avancements de grade et autre prime individuelle sont votés à l’unanimité après une légère reformulation concernant les CPP afin que les collègues souhaitant postuler ne se sentent pas exclus. Une seule candidature l’année dernière !
Queue de mickey : le COMP (contrat d'objectifs, de moyens et de performance) est en cours de négociation. Il s'agit d'obtenir des moyens pour des projets fléchés. P8 peut obtenir au maximum un million par an pendant 3 ans (2025, 2026, 2027) autour de cinq axes prédéfinis et d’un axe libre. La qualité du projet de P8 (renforcement de l’ingénierie de projet en matière de recherche, inclusivité et lutte contre la précarité étudiante, transversaliser le pilotage autour de la création d’une direction spécifique et orientation de l’axe libre autour de la « signature de l’établissement » Université des créations) devrait avoir des effets positifs selon la présidente… À quoi sommes-nous donc réduits ?
Grand oral : les échanges avec l'HCERES concernant les formations du panel se sont, semble-t-il, bien passés.
Singing In The Rain. Il pleut dans la BU nous annonce d’emblée la présidente. Ça tombe à flot, parce que les collègues qui y travaillent nous avaient justement demandé de relayer leur mécontentement à ce propos.
Vos élu·es CA,
Résistons !