CA du 26 juin 2026 : l’asphyxie par pilotage
Cette séance s’est tenue en hybride, du fait de la canicule due au dérèglement climatique. Ce dernier CA de l’année 2025-2026 clôt la première année (ou un peu plus) de ce mandat pour vos élu·es Résistons! Cette séance fut extrêmement lourde, ce qui était prévisible étant donné son ordre du jour : sur la dizaine de points annoncés, trois auraient mérité presque une séance à part entière : un schéma directeur sur la stratégie immobilière, un schéma directeur sur la vie étudiante et une charte sur l’IA ! Des sujets tous importants, évidemment accompagnés de lourds documents de préparation. La séance fut donc, exactement comme on le redoutait, longue et épuisante. Cela a même provoqué des tensions lors du dernier gros point, mais malgré cela et d’autres bonnes raisons, la majorité n’a pas voulu le repousser à la rentrée sans que l’on comprenne trop l’urgence d’avoir une charte IA pour la période juillet-août… En plus de la canicule qui sévissait ce jour-là, nous nous sommes senti·es asphyxié·es par cette démultiplication des outils de pilotage et, à notre sens, cela étouffe la démocratie de nos instances.
Schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI) et mesures pour la canicule
Le SPSI est présenté par le service patrimoine. La réflexion a commencé en 2024, il faut faire actuellement un retour au MESR, d’où l’importance du vote. L’adoption du schéma permettrait également d’aller chercher des financements. Le schéma possède deux volets : diagnostic et stratégie prospective sur 2025-2030.
Pour le premier volet, des enquêtes ont été réalisées auprès des usagers et un audit a été effectué. Le parc est ancien, 70% des espaces sont vétustes. Concernant les aspects énergétiques et environnementaux ; les ratios sont globalement maîtrisés, mais des rénovations sont prévues. L’occupation de l’espace y est très dense (2 m2 par étudiant !). Le logement étudiant est très faible. Des opérations patrimoniales sont en cours, notamment pour le bâtiment H, en phase de finalisation, pour la rénovation de la passerelle, la création d’un jardin, la voie pompier, entre autres.
Pour le volet stratégique, sont prévus : la poursuite de la rénovation du bât. A (le plus ancien) avec des rénovations lourdes, la rénovation complète du bât. G, la suite du projet Cœur de Campus (penser notamment le Hall d’entrée), la rénovation énergétique du bât. B, la construction d’une Halle des sports, un projet de végétalisation, l’augmentation de l’occupation des deux sites dédiés à la recherche (mais les informations manquent sur les besoins), l’augmentation du logement étudiant, et, pour l’IUT de Montreuil, un nouvel équipement en partenariat avec la ville.
Concernant le volet financier, il existe deux blocs d’enveloppes récurrentes : l’une pour l’adaptation des espaces et le maintien du parc en état technique de fonctionnement, l’autre pour des opérations spécifiques. Concernant l’avis des tutelles : la DGESIP (Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle) recommande la consolidation des effectifs et la cohérence des données entre SPSI et plateforme OAD ESR (outil de pilotage du parc et de restitution des données). La DGFIP-DIE (Direction de l’immobilier de l’État) confirme la projection des effectifs et pousse à la modernisation des espaces de travail.
Sur le plan de la rénovation énergétique des bâtiments, des travaux ont déjà été entrepris au bât. C et le bât. H sera aux normes. La question porte donc sur les autres bâtiments. À court terme, on pense à la bibliothèque, avec une réflexion pour faire baisser la température en faisant venir un « groupe froid ». Pour les autres bâtiments, ce sera du long terme, avec un fort besoin de trouver des financements. La discussion porte sur le bât. B, qui a également de forts besoins. L’intersyndicale s’interroge sur les financements et le fait qu’il s’agit à chaque fois de projets sur des bâtiments particuliers : s’ils ne sont pas obtenus, les travaux, bien que nécessaires, ne seront donc pas faits ?
Un autre enjeu majeur consiste dans l’organisation de l’université pour faire face aux canicules. Résistons! avait réclamé il y a plusieurs séances un protocole qui, sur la base d’un diagnostic des sources de chaleur et de froid, précise, en fonction des seuils d’alerte, qui doit faire quoi dans chacun des bâtiments pour y abaisser la température, et quand et quelles sont les règles de passage au télétravail ou à l’arrêt du travail – ce protocole devant être public, régulièrement republié, consultable par tous et toutes de sorte que les agents puissent l’opposer à leur direction. Si, comme le rappelle la DGS, des consignes avaient bien été données par écrit lors des épisodes caniculaires de mai et juin, elles n’étaient pas publiques, et donc opposables. La Dionysoise rapporte que, dans certains services, ces consignes n’ont pas été respectées. Les syndicats demandent également des relevés de température et un suivi systématique du respect des consignes.
Résistons! critique également l’usage fréquent du mot « adaptation » (« adaptation au changement climatique ») dans le document du SPSI – l’adaptation, la « résilience », sont les mots clefs du gouvernement macroniste. Au niveau international, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) utilise aussi le terme « adaptation », mais en lui juxtaposant toujours le mot « atténuation ». L’intersyndicale remarque enfin que, lors de l’adoption du budget, nous avons été obligés de baisser la part de l’investissement (donc des projets immobiliers) pour préserver notre masse salariale.
Une autre discussion s’amorce sur le CROUS, sur la relation à Saint-Denis et sur l’IUT de Montreuil. L’UNEF constate que les services proposés par le CROUS sont assez limités par rapport à d’autres universités. Concernant Saint-Denis, le constat est que nos relations pourraient être développées et que beaucoup d’usagers de l’université n’ont aucun contact avec la ville. Pour l’IUT de Montreuil, il serait important d’augmenter la capacité d’accueil de résident·es stagiaires.
Vu la nécessité d’un retour au MESR et le besoin de recherche de financements, le SPSI est adopté à l’unanimité.
Schéma directeur de la vie étudiante
Était soumis au vote du CA le « schéma directeur de la vie étudiante » 2026-2030. Ces 80 pages sont le produit d’un travail démarré en 2023, réalisé par cinq groupes de travail réunissant des élu·es étudiant·es, des acteurs associatifs et les services, sur la base d’une enquête sur la vie étudiante à l’échelle de Paris 8, avec la participation d’étudiant·es non élu·es à travers des « focus groupes ». ll comporte 5 volets : l’accueil des étudiant·es et leur accès aux services, la vie associative et les activités socio-culturelles sur le campus, la santé et l’accès au soin, la lutte contre la précarité et pour l’accès au droit, la participation des étudiant·es aux instances de décision de l’université. Les objectifs identifiés dans ces différents domaines sont donc adossés à des diagnostics et déclinés en activités, le tout devant être prochainement assorti de dispositifs et d’indicateurs de suivi. L’« opérationnalisation » de ce schéma n’est donc pas tout à fait assurée (c’est un schéma « évolutif ») : 37% des projets sont dits « à l’étude ».
Résistons! salue l’important travail réalisé et l’ambition du schéma directeur, le bien-être étudiant étant un élément central de la vie d’une université. Nous insistons cependant sur la nécessité que ce plan d’action soit appropriable et approprié, tant par les étudiant·es que les personnels, susceptibles d’en être le relais. Nombre de ressources et de dispositifs existant sont mal connus et donc moins exploités qu’on pourrait le souhaiter. Les documents de présentation des différentes actions gagneraient à être déclinés en outils de communication internes simplifiés. Résistons! souligne en outre que le chatbot prévu dans le cadre du volet accueil et accès aux services pose a priori un certain nombre de problèmes. Un chatbot « hallucine » (donne de fausses informations) et cela a été démontré en séance par Résistons! avec un exemple simple. Il ne doit donc pas remplacer un accueil humain, seule garantie que les publics les plus éloignés de l’information y accèdent. Nous serons vigilants à ce qu’aucun·e étudiant·e ne se retrouve renvoyé·e sans accompagnement à un chatbot.
L’intersyndicale souligne enfin que plusieurs points abordés dans ce schéma directeur renvoient à des situations problématiques à l’université. À propos des violences de genre par exemple, le schéma directeur prévoit ainsi des formations destinées aux élu·es étudiant·es, aux responsables d’associations étudiantes et aux étudiant·es employé·es à l’université. Résistons! rappelle la nécessité que les formations en la matière soient rendues obligatoires pour l’ensemble des étudiant·es et des personnels de l’université. Quand elles sont facultatives, seules les personnes déjà sensibilisées y participent, en premier lieu les femmes qui sont les principales victimes potentielles des violences.
Le schéma comporte aussi un volet « accès au droit » et un volet « accès à l’emploi » au sein de l’université (comme moyen de lutte contre la précarité). Résistons! souligne l’inachèvement des efforts entrepris depuis six ans pour assurer aux étudiant·es contractuel·les de l’université des conditions d’emploi dignes et conformes au droit. Si l’harmonisation du tarif des vacations étudiantes à l’échelle de Paris 8 a été acquise, de haute lutte, par une alliance intersyndicale, les droits des étudiant·es contractuel·les ne sont pas encore systématiquement respectés. En premier lieu, celui de commencer à travailler avec un contrat signé et donc d’être payé·e à l’issue du premier mois travaillé, ou le paiement des primes de précarité pour les CDD de moins d’un an non renouvelé (soit la quasi-totalité des contrats étudiants) : ces primes étant conditionnées par la signature d’attestations sur l’honneur difficiles à obtenir quand elles ne sont pas tout simplement refusées. Quant au guide d’accueil des étudiant·es contractuel·les, devant faire la synthèse des droits et des informations utiles – une promesse de la Direction de la Vie de Campus de rendez-vous en rendez-vous, mais jamais réalisée –, l’intersyndicale a fini par en faire un !
Enfin, nombre d’actions prévues ne sont pas financées, à ce stade. Il est expliqué que ce schéma directeur constitue précisément un outil pour chercher des financements auprès de l’État et des collectivités. Résistons! déplore que des actions qui ressortent de l’entretien et de la modernisation des bâtiments et de leur équipement (réfection des toilettes, amélioration de la couverture wifi, etc.) soient régulièrement financées par la CVEC (Contribution de vie étudiante et de campus) et/ou via le budget participatif. Cela revient à entériner la défaillance de l’État à financer, via la subvention pour charge de service public, des conditions d’études et de travail basiques pour les usager·es et travailleurs et travailleuses de l’université. C’est entériner une acception extensive de la « Contribution de vie étudiante et de campus » : la vie étudiante incluant la satisfaction des besoins les plus basiques. Et c’est entériner le fait que les frais d’inscription au sens large ont désormais vocation à financer le fonctionnement de base de l’université.
Charte-cadre sur les usages de l’intelligence artificielle
Cette question constituait le neuvième point d’un ordre du jour très chargé. Était-ce raisonnable ? Comme il fallait s’y attendre, ce n’est que tard, dans l’après-midi, qu’elle a été débattue. Or, cette question est capitale : tout le monde enseignant et de la recherche se débat actuellement avec l’IA. Et c’est une problématique à laquelle Paris 8, avec sa tradition d’esprit critique, pourrait contribuer ! L’intersyndicale a proposé d’emblée, puis de nouveau à la fin du débat, de reporter le vote pour pouvoir en discuter plus en profondeur et pour améliorer la charte proposée, notamment en s’appuyant sur les collègues et camarades d’informatique spécialistes de la question. Mais la présidence a tenu absolument à avoir un vote, malgré le peu de gens qui restaient, comptant certainement sur l’épuisement et sur les procurations, pour valider la charte proposée en l’état, sans aucune amélioration, malgré certains lourds problèmes de forme relevés lors du débat.
Cette charte a été élaborée par le vice-président « numérique et intelligence artificielle » et une vingtaine de personnes, dont des doctorant·es. C’est dire d’emblée que nombre de personnes de Paris 8, qui ont déjà travaillé sur la question, n’ont pas été consultées ! Elle se décline en plusieurs « chartes opérationnelles » et plusieurs « guides » (formation, recherche, services). Ce tronçonnement entraîne de nombreuses répétitions (et d’autres encore sont probablement dues à l’usage de l’IA générative pour sa rédaction…). En outre, s’il correspond parfaitement à une division du travail qu’aimerait nous voir adopter le capitalisme numérique et gestionnaire, il ne correspond nullement à la pratique que nous essayons d’adopter à Paris 8, pratique fondée sur une vision synergique de nos fonctions, que nous soyons enseignant·e, enseignant·e-chercheur·e ou travaillant dans les services.
Disons d’emblée que cette charte n’est que vaguement critique du forcing qu’est en train d’imposer le capitalisme numérique et gestionnaire (pour ne pas dire le technofascisme) : il n’y a pas de vision critique de l’IA et il y a très peu de choses sur les risques en dehors du seul document raisonnable, qui porte justement sur les enjeux cognitifs, mais dont les avertissements ne sont étrangement pas repris dans les guides ou les chartes opérationnelles. Et il n’est à aucun moment question de la prévention. Globalement, la charte est complaisante. Les critiques restent marginales et ne sont pas reprises dans les guides où il manquerait notamment une page commune sur les risques cognitifs. Par ailleurs, il existe un décalage entre les compétences attendues pour utiliser (pour vérifier) les outils et le fait que c’est précisément ces compétences qui manquent quand on les utilise.
On pourrait aussi relever certains contresens. Par exemple, le guide pour la recherche évoque des « usages expérimentaux » de l’IA en matière de recherche-création, une évocation qui vise à rassurer sur l’utilisation de l’IA – « L’usage expérimental des outils d’intelligence artificielle est pratiqué depuis plusieurs décennies au sein des milieux artistiques, de façon à la fois créative, exploratoire et critique », lit-on. Or, ce ne sont justement pas ces usages qui sont problématiques et qu’il faudrait donc encadrer, mais l’utilisation de l’IA à des fins pas du tout expérimentales, pour générer du contenu grand public (cf. par exemple les pratiques frauduleuses de Spotify).
Comme il a été dit, une véritable discussion n’a pas pu se tenir et, malheureusement, il fallut voter : 14 pour ; 7 contre ; 3 absentions. Un vote limite, et encore plus limite si on devait retirer les nombreuses procurations des « pour »…
Vite dit, bien dit
Enveloppe pour la composante C3 du RIPEC. Reconduction à l’identique : 84 000 euros, soit 21 primes financées par établissement par année (la prime court sur trois ans). L’argent provient à la fois du ministère et de l’établissement. Résistons! demande à ce que, à l’avenir, on examine simultanément les critères d’attribution (la discussion a eu lieu dans un CA précédent) et le vote de l’enveloppe. L’enveloppe est votée à l’unanimité moins une abstention.
Junior COP. Le SCUIO-IP présente le projet d’une coopérative, « Junior Cop ». L’origine en est la réponse à un appel à projet sur l’insertion des étudiant·es en LSHS, afin de leur offrir un environnement de professionnalisation. Sont évoqués les trois objectifs : sécuriser (notamment pour la protection sociale), valoriser (compétences académiques et professionnelles), renforcer (l’ancrage territorial de Paris 8). L’idée est de développer une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) avec une forme hybride mélangeant entreprise junior, SCOP (Société coopérative et participative) et CAE (Coopérative d’activités d’emploi). Quatre domaines stratégiques sont présents : accompagnement et médiation ; ancrage territorial ; valorisation et interconnaissance ; promotion de l’ESS (Économie sociale et solidaire). Les missions comprendront des « jobs étudiants », des missions collectives et pédagogiques, des missions à l’initiative étudiante, le protypage I-Engage (incubateur de Paris 8) et un support spectacle (qui permettra de donner des cachets d’intermittents aux étudiant·es artistes). Le modèle économique sera donc hybride et comprendra plusieurs partenaires. Il est demandé à l’université d’acheter 900 parts (à hauteur de 9 000 euros). L’intersyndicale s’interroge sur l’expression « jobs étudiants » : une expression provocatrice répondent les initiatrices du projet, l’idée étant d’accueillir des missions qui sont des alternatives aux actuels jobs étudiants. Une question porte sur le personnel nécessaire pour réaliser le projet : le SCUIO-IP aidera, à long terme il pourra y avoir des salariés. Le projet est voté à l’unanimité moins une abstention.
Vos élu·es CA,
Résistons !