CA du 14 novembre 2025 : Défendre les libertés académiques
L'après 15 octobre
Comme on s'y attendait, une partie importante du CA fut consacrée aux attaques que subit actuellement Paris 8 de la part de l'extrême-droite, mais aussi de la part du ministère. Elles font suite à la diffusion par un média d'extrême-droite d'un montage vidéo d'extraits du « Grand meeting anti-impérialiste » qui s'est déroulé dans notre université le 15 octobre, organisé par le syndicat étudiant FSE. Suite à la diffusion de ce montage vidéo, un signalement a été fait au procureur sur la base de l'article 40 et une enquête a été missionnée par l'IGÉSR (Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche) – pour l'instant, notre président a été convoqué au ministère ainsi qu'une des étudiantes organisatrices de l'événement. Arnaud Laimé a rappelé les événements et évoqué l'enquête interne à Paris 8. Il a aussi évoqué la mesure de contrôle des cartes qui viseraient à protéger Paris 8 de certains journalistes et des agitateurs – mesure qui avait été déjà envisagée en mai dernier, mais qui n'avait pas été mise en œuvre. Il précise qu'une telle mesure est bien sûr contraire à la nature d'accueil de notre université et pose des problèmes.
Le débat qui a suivi, important et intéressant, a porté sur :
- L'enquête interne à Paris 8. Résistons ! demandait qui pilote cette enquête et quelles personnes étaient visées par cette enquête (les organisateur·trices seulement ou toute personne qui aurait potentiellement participé et aurait été identifiée par la vidéo diffusée sur les médias). La présidence a répondu que toute personne susceptible de fournir des informations sur ce qui s'est passé est susceptible d'être entendue. Que cette enquête interne vise à établir les responsabilités dans cet événement, qu'elle est menée par le service juridique qui pourra ensuite saisir la section disciplinaire composée de membres élus du CAc (Conseil académique).
- Les contrôles à l'entrée instaurés depuis. Une des personnalités extérieures du CA a demandé à ce qu'on sensibilise le personnel à l'accueil, car il a eu du mal à entrer dans l'établissement et n'a pas été bien traité. Résistons ! relève aussi le manque d'informations sur les contrôles imposés et le fait que des messages alarmistes ont pu être envoyés dans certaines UFR. La liste En actes rejoint ce besoin de communication et l'équipe présidentielle répond qu'ils travaillent sur la question. Le Poing Levé estime que les contrôles créent surtout du chaos, que des étudiant·es se sont fait agressé·es, que des étudiant·es handicapé·es ont eu des problèmes, que les habitant·es de Saint-Denis qui viennent à la BU sans être étudiant·es de Paris 8 ne peuvent plus le faire. La liste S'Unir s'étonne de ne pas avoir vu de circulaire sur les conditions d'entrée dans l'université et sur les consignes données aux vigiles.
- Le besoin de contextualiser les événements. La représentante de la FSE a estimé que la vidéo en question est constituée d'un montage malhonnête. Résistons ! a rappelé qu'un colloque sur la Palestine du Collège de France vient d'être annulé sous pression du Ministère, que nous ne sommes pas seuls à être visés. Arnaud Laimé en appelle à la prudence, mais souscrit à l'idée de contextualiser et rappelle la distinction entre liberté d'expression (encadrée par la loi) et libertés académiques. Par ailleurs, il explique que, selon lui, nous avons changé de paradigme : il y a eu un remodelage du paysage et des pratiques médiatiques qui expose l'université et face auxquelles elle a peu de ressources ; il faut donc réfléchir à la manière de continuer à porter un regard critique dans un tel contexte. Pour le Poing Levé, la discussion dépasse largement le meeting du 15 octobre. La Dionysoise explique que le service de communication a vécu un enfer, mais qu'ils et elles en ont malheureusement l'habitude avec la fachosphère.
- L'attitude à avoir face au ministère (et à l'extrême-droite). Résistons ! soulève la question des lignes rouges que nous nous posons, à Paris 8, dans nos relations avec le ministère. Quelles limites se donner dans nos réponses aux demandes du ministère (voire nos anticipations de ces demandes) alors même qu'il sort déjà manifestement de son rôle (voir l'affaire du Collège de France) et que l'extrême droite est aux portes du gouvernement. Notre liste rappelle que l'autocensure existe déjà. Elle rappelle que l'affaire du Collège de France illustre le fait que des justifications toujours plus absurdes et fallacieuses seront trouvées pour entraver les libertés académiques, et contrevenir plus encore à la lettre et l'esprit du droit encadrant les institutions universitaires et démocratiques. Le Poing Levé demande à l'équipe présidentielle de quel côté elle se situe. La liste Paris 8 en actes répond qu'il faut faire communauté face aux attaques. La liste S'unir explique que nous sommes d'accord sur les grands principes, mais se demande si on les met en œuvre. Par ailleurs, S'Unir est surprise de la promptitude de la mise en œuvre de l'enquête après le signalement au titre de l'article 40, alors que cela n'a pas été le cas sur d'autres signalements.
Le CA est ensuite invité à reprendre la motion, proposée par le Poing Levé, qui a été votée la veille à la CFVU. Le Poing Levé explique qu'une motion, c'est très bien, mais se demande si on la respecte : ils rappellent qu'une soirée anti-raciste qu'ils voulaient organiser à Paris 8 n'a pas pu se tenir. C'est pourquoi ils souhaitent que soit réintégrée dans la motion le mot “politique” initialement proposé pour affirmer que l'université s'engage à “maintenir la possibilité d'activités associatives, syndicales et politiques”. La présidence répond que le meeting en question n'a pas été interdit, mais, comme il tombait le 13 novembre (jour de la commémoration des attentats terroristes), il leur a été proposé soit de le déplacer soit de le décaler dans le temps. Le débat s'ouvre sur l'opportunité (et les risques stratégiques) d'une formulation explicitant la dimension politique des diverses activités qui trouvent leur place à l'université, dimension sur laquelle tout le monde s'accorde. Résistons ! rappelle que l'expression "libertés académiques" inclut les questions politiques. Finalement, la motion a été votée à l'unanimité, telle qu'elle a été votée également à la CFVU, précisément pour éviter toute instrumentalisation :
Dans un contexte marqué par les attaques croissantes et de tous bords, politiques et médiatiques, contre les libertés démocratiques et la liberté d’expression, le CA réuni le 14 novembre 2025, dans la continuité de la CFVU du 13/11/2025, réaffirme que l’Université doit demeurer un espace de liberté, de pensée critique et de circulation ouverte des savoirs et des personnes.
La récente tentative d'interdiction du colloque sur la Palestine au Collège de France est un signal inquiétant. Empêcher la tenue d’un débat académique pour quelque raison que ce soit revient à soumettre l’Université à des logiques contraires à sa mission : celle de la recherche libre et du débat éclairé.
Dans ce contexte, il est essentiel que l’Université résiste à toute pression qui viserait à limiter la parole ou l’organisation collective de ses membres. La responsabilité institutionnelle n'est pas de céder aux pressions susceptibles de restreindre ces libertés, elle réside au contraire dans une protection de celle-ci et dans une vigilance constante. La liberté académique, la diversité des approches et la possibilité du débat contradictoire constituent les fondements mêmes de la vie universitaire.
En conséquence, l’Université s’engage à travers sa communauté, ses représentantes et représentants élus à garantir, dans le respect des valeurs fondamentales de l'université et de la démocratie, la liberté d’expression, de réunion et d’organisation pour l’ensemble des membres de la communauté — étudiantes, étudiants, personnels, chercheuses et chercheurs — et à maintenir la possibilité d'activités associatives et syndicales. L’Université réaffirme ainsi sa vocation : être un lieu de savoir, de débat, de liberté, de critique et d’expérimentation démocratique.
L'affaire Gérard Miller
Lors du dernier CA, Résistons ! avait mis à l'ordre du jour la question : « Gérard Miller et l'université Paris 8 ». Le CA avait avalisé le principe d'un communiqué du CA et la création d'un groupe de travail chargé de le rédiger, groupe devant comprendre des élu·es de la majorité et de l'opposition. Il a in fine réunis des élu·es de Résistons !, de Paris 8 en actes, de S'Unir et du Poing Levé auxquel·les s'est ajoutée la chargée de mission pour les VSS. Et il a présenté un texte au CA.
La discussion qui a suivi porte sur deux principaux points :
- la place à donner au contexte pour à la fois montrer le caractère systémique des violences de genre sans exonérer les instances de Paris 8 de leur responsabilités dans ce cas particulier ;
- le fait de faire état des avancées récentes, à Paris 8, sur le plan de la protection des étudiant·es et personnels, sans faire perdre au texte sa vocation : que Paris 8 sorte de son silence sur cette affaire, prennent acte des dénonciations et reconnaisse les diverses manières par lesquelles l'institution a joué un rôle dans la perpétuation des violences.
Le CA décide d'envoyer ce texte au service juridique pour qu'il établisse dans quelle mesure il est susceptible de fonder une attaque de Paris 8. Le service juridique enverra ses commentaires au groupe de travail avant le prochain CA pour que ce dernier puisse proposer une nouvelle version du communiqué au prochain CA.
“Plan de développement des compétences”
La responsable du Pôle développement RH présente le plan de développement des compétences 2025-2026 élaboré par son service. Ce plan comprend plusieurs axes stratégiques : appui à la recherche et à l'enseignement ; professionnalisation et développement des compétences métiers ; rôle du cadre / outils de pilotage; responsabilité sociétale de l’université; principes fondamentaux de la fonction publique, du service public et environnement professionnel; prévention des RPS, santé et sécurité au travail; développement des relations internationales. Une nouvelle offre de formation à destination des personnels est proposée, qui comprend notamment un nouvel outil, le GEOFOPR (GEstion de FOrmation PRofessionnelle).
Résistons ! remercie la responsable du Pôle développement RH pour ce travail, et rappelle que la notion de “compétence” – qui a envahi les formations – est contestable (cf l'article L'approche par compétences : mystification pédagogique). La liste Paris 8 en actes rejoint la critique de la notion de compétences et son usage dans une logique RH. Elle interroge l'enrichissement prévu des outils de préventions RPS (Risques Psychosociaux, santé et sécurité au travail), soulignant que la sensibilisation aux RPS sert le plus souvent à cocher les cases des obligations légales sans faire avancer effectivement la prévention. La responsable du Pôle développement répond que la sensibilisation concerne l'ensemble des personnels mais que des formations complètes et approfondies seront montées pour les personnels encadrants. S'unir demande à ce que le plan proposé soit présenté devant tous les composantes et notamment dans les IUT qui sont décentrés. À la question de Résistons ! de savoir si ce plan travaille avec des moyens constants, la réponse est que le budget formation n'a jamais baissé, qu'il augmente même un peu.
Vite dit, bien dit
Composition de la commission ad hoc des statuts. La composition de la commission est entérinée (cf. dernier compte-rendu). Elle comprendra, entre autres, un élu de notre liste Résistons ! et une élue BIATOSS de la liste CGT, qui proposeront que, concernant les BIATOSS, nous passions de 4 à 6 sièges.
Campagne d'emploi. La campagne d'emploi, qui devait être présentée à ce CA ne l'a pas été, car le CSA (Comité social d'administration) n'a pas pu se tenir à cause du blocage de l'université le jeudi 6 novembre, et cette instance représentative des personnels doit se prononcer sur les campagnes d'emplois avant leur validation par le CA. Elle est donc repoussée au CA du 5 décembre.
Capacités d’accueil en première année de master pour 2026-2027. La directrice de la scolarité explique que les capacités d'accueil d'une formation constituent un élément indispensable pour le paramétrage de l'application de candidature, en assurant la transparence. Le service a travaillé de manière collaborative avec les formations. La liste S'unir demande si les capacités augmentent ou diminuent. La directrice de la scolarité explique qu'elles augment de 260 étudiant·es, mais que, pour le LMD5, qui démarre en 2026, nous avons plus de formations. Par ailleurs, les MEEF ne font pas partie de l'accréditation du LMD5.
Changement de nom de l'UFR STN, qui redevient MITSIC à la demande de son conseil d'UFR.
Référents RAF. Résistons ! s'interroge sur le fait que la présidence a créé une fonction de “RAF (responsable administratif et financier) coordinateur·trice”, ce qui ajoute de la verticalité – un poste où la personne est désignée et non élue. La DGS répond que cela s'est fait de manière informelle, que la RAF de la plus grosse composante de l'université (l'UFR arts) s'est proposée, qu'elle aura une fonction de facilitatrice et pas une position hiérarchique. Un·e élu·e de la liste Paris 8 en actes demande à ce qu'on fasse attention à l'éventuelle managérialisation de notre université, l'université n'étant pas une entreprise.
Nous critiquons cette manière de faire et rappelons qu’il eut été utile (et légal !) de consulter le CSA avant de prendre une telle décision.
Situation à l'IUT de Tremblay. Résistons !, en accord avec la liste S'Unir, a mis le sujet à l'ordre du jour. Lors du CA du 27 juin 2025, une enquête devait être faite, ce n'est toujours pas le cas, alors que la situation est toujours aussi alarmante et que cinq mois sont passés. Une enquête administrative semble nécessaire.
Nous rappelons que la santé des personnels ne se négocie pas et qu’il est de la responsabilité civile et pénale de l’employeur que d’enquêter et de faire cesser les situations de RPS au sein de l’université (les deux IUT en faisant partie).
Accès des syndicats étudiants au mailing Paris 8. Le Poing Levé demande d'avoir accès à la liste de diffusion de Paris 8. Résistons ! propose que nous soyons informés des différentes listes mailing afin d'avoir une image des espaces publics de Paris 8.
Vos élu·es CA,
Résistons !