CA du 5 décembre 2025 : Une campagne d'emploi en trompe l'œil

Un féminicide

Inès Lara Mbappé, étudiante en langues étrangères appliquées (LEA) à l'Université Paris 8, une jeune femme de 23 ans, a été assassinée le 13 novembre dernier par son ancien compagnon. À cette date, il s'agissait du 143e féminicide de l’année selon les données collectées par #NousToutes. L'UFR concernée a tardé à apprendre la nouvelle, d'où le allp8 tardif adressé à l'ensemble de la communauté universitaire. Il semblerait que la victime n'ait pas fait de signalement à l'université. Résistons! estime que ce constat ne doit pas dédouaner l'université, mais doit, au contraire, la pousser à renforcer son écoute pour encourager davantage les victimes à faire des signalements. La CFDT suggère que l'université fasse un acte symbolique, par exemple, en plantant un arbre.

Une campagne d'emploi minoritaire pour 2026

La campagne d’emploi est placée sous deux signes contradictoires : la promesse électorale de l’équipe présidentielle de ne pas l’amputer afin que nous puissions mettre en place le nouveau LMD dans de bonnes conditions, ce qui était un engagement du PREF (plan de rétablissement de l’équilibre financier), et le contexte budgétaire… du PREF, qui ne cesse de reculer au fil des plans d'austérité. Voici donc une brève analyse de la campagne.

Enseignant·es-chercheur·euses (EC). 111 demandes ont été formulées (nous rappelons que les besoins vont bien au delà des demandes formulées, puisque les équipes s'auto-censurent en prenant en compte la réalité budgétaire). 10 ont été sorties de la campagne : 8 portant sur des emplois dont la vacance n’est pas avérée, 1 portant sur une demande de non-titulaire sur un emploi de titulaire, 1 portant sur un poste occupé à 50%. Pour les 101 autres demandes, toutes celles en création (15) ont été jugées défavorables. De même pour 3 transformations à la hausse (ATER vers MCF). Et 7 postes ont été gelés.

Biatoss. 82 demandes ont été formulées, dont 34 de création. 39 ont été mises en campagne, dont quelques créations (pour les postes bénéficiant d’un financement spécifique, notamment financement COMP — seulement 2 créations sans financement ont reçu un avis favorable). 43 sont sorties de la campagne pour l'une des raisons suivantes : emplois dont la vacance n’est pas avérée, demandes de pourvoi de postes existants par des CDD ou recrutements au fil de l'eau sans transformation ou transformations refusées, demandes ayant recueilli un avis défavorable pour une ouverture au concours, demandes de création considérées comme non prioritaires ou sans financement associé à la demande. 

Lors de l’examen de cette campagne devant le CSA, la CGT et la FSU avaient fait une déclaration liminaire puis s'étaient retirées de la réunion. Voici cette déclaration :

Chaque année, nous sommes un peu plus inquiets lorsque nous examinons les campagnes d’emploi : gels de postes, non renouvellements, refus de créations, augmentations des CDD au détriment de postes pérennes, etc. Cette année ne déroge pas à la règle. Elle semble, au contraire, inscrire ces campagnes dans le contexte, totalement assumé, d’austérité générale. Du côté des enseignant·es et des enseignant·es-chercheur·euses, aucune demande de créations (pourtant nécessaires) n’a reçu un avis favorable avant le passage en CSA. Certains postes gelés ne se sont pas réchauffés ! Et les départs en retraite n’ont pas tous été renouvelés, loin de là… Nos étudiant·es étaient-ils ou elles jusque-là sur-encadré·es ?!
Concernant les Biatoss, un nombre croissant de demandes se trouvent même écartées de la campagne. 43 sont mises “hors campagnes”, les excluant de ce fait de tout avis du CSA. Dans les 39 demandes recevant un avis favorable, plusieurs sont acceptées sous condition de “réorganisation”. Le fameux “déshabiller Pierre pour habiller Paul”. La note encadrant cette campagne nous indique bien “l’impératif” de la Direction, et par sa voix celle du ministère : le redressement budgétaire. Le PREF (plan de rétablissement de l’équilibre financier) évoqué tant de fois en instances est tellement utile pour expliquer l’inexplicable : des locaux dégradés dans lesquels on hésite entre mourir de chaud ou… de froid, des plafonds qui nous tombent sur la tête, des cours suspendus pour permettre à nos étudiant.es les plus précaires de faire la queue à la distribution alimentaire, etc.

Durant le CA, pour la campagne des EC, Résistons! a demandé des précisions sur les postes gelés, notamment ceux pour lesquels le CAc n’avait pas émis un avis défavorable unanime (5 postes : didactique des langues, monde arabe, musicologie, espagnol et informatique). Les précisions données par la présidence n’ont pas convaincu. S’Unir a regretté que les avis défavorables ne soient pas tous motivés et s’étonne que certains concernent des filières en tension avec faible taux d'encadrement. Résistons! observe que, dans les avis favorables, les postes de titulaires ne représentent que 42,6%. Les élu·es Résistons! s'interrogent par ailleurs sur la sincérité avec laquelle cet indicateur est construit, sachant que des postes d'ATER (quand bien même ce serait des postes d'ATER dits “pérennes”) sont comptabilisés dans le calculs des taux d'encadrement titulaires…

Vote sur la campagne des EC : 7 abstentions, 8 contre, 14 pour.
On remarquera que les « pour » sont minoritaires, ce qui montre bien l’insatisfaction…

Pour la campagne des Biatoss, le débat a d’abord porté sur le processus conduisant aux avis favorables/défavorables. La DGS indique que le processus est différent de celui suivi pour les EC, du fait de l’hétérogénéité et qu’ils s’appuient sur des “dialogues” pour chaque situation en tenant compte de la diversité des métiers et de la tension dans certains métiers (avec accompagnement de la DIPEFAS et des chefs de service pour réfléchir aux situations individuelles). La Dionysoise demande à changer de processus : il faudrait que la campagne des Biatoss soit examinée par des experts ainsi que par un binôme, à l’instar de la campagne des EC ; elle fait également remarquer que de nombreux agents de catégorie C exercent des métiers de catégorie A : « il faudrait une véritable politique RH dans cette fac ». Le débat a ensuite porté sur certains postes : direction de la recherche (requalification du poste), 3 postes en communication que la Dionysoise conteste, un poste de “coach” en création à la DRH contre lequel le CSA avait voté à l’unanimité. Ce dernier ainsi que, à la demande de la Dionysoise, deux postes en communication, ont finalement été retirés.

Vote sur la campagne Biatoss :

  • sur l’ensemble des avis favorables sans ceux mentionnés ci-après : 2 abstentions, 7 contre, 20 pour ;
  • sur ces postes particuliers :
    a) direction de la recherche : 8 abstentions, 4 contre, 15 pour ;
    b) un poste en communication : 8 abstentions, 4 contre, 16 pour.

Vite dit, bien dit

Débordements étudiants. La présidence a fait part de certains débordements étudiants, notamment avec l'irruption  d'un collectif étudiant à la Maison de l’Étudiant en vue d'une occupation, irruption qui a eu pour effet de pousser le personnel de la Direction Vie de Campus (dont les bureaux se trouvent dans le bâtiment) à faire usage de son droit de retrait, et qui a entraîné l’annulation d'événements programmés dans le cadre de la Semaine Handicap. La direction a adressé une mise en demeure à deux organisations, le syndicat FSE et le collectif d'étudiants étrangers, qu'elles recevront avant les vacances de Noël.

Exonération des droits d'inscription majorés pour l'année universitaire 2026–2027. Proposition de reconduire cette exonération, votée à l’unanimité. Résistons! propose d’établir, comme dans certaines université françaises, des conventions avec des pays – avec des universités, plutôt, ajoute S’Unir. Dans la discussion générale, il est indiqué que le manque à gagner doit être relativisé, étant donné que tous les étudiants ne s’inscriraient pas sans l'exonération ; et que, grâce à cette mesure, nous sommes devenus plus attractifs !

Convention M2E. Il s’agit de la convention pour les nouvelles formations MEEF (M2E pour “master enseignement et éducation”, à ne pas confondre avec M2E pour “méthodologie de l'expérience étudiante”). S’Unir rappelle l’insatisfaction face aux maquettes (cf. CA précédents). Résistons! comprend le besoin de monter ces formations, mais souligne le fait qu’il y a beaucoup de bricolage et que cela ne répond pas aux intenses besoins de l’éducation nationale. Vote : 9 abstentions, 3 contre, 14 pour.

Projets CVEC et FSDIE. Pour la CVEC (Contribution de vie étudiante et de campus), où 12 projets ont été reçus, le vote pour est unanime, moins 3 abstentions. Pour le FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes), où 52 projets ont été reçus, le vote est pour identique.

Maltraitance administrative et micro-management maladif. Résistons! avait mis à l’ordre du jour ce point pour protester contre la présomption de mensonges des équipes pédagogiques lors des renouvellement LMD5, contre les délais imposés inadmissibles concernant les évènements ERUA qui mènent in fine à leur annulation et au gaspillage du travail colossal de candidature et de préparation nécessaire à leur organisation, contre le fiasco qu'a été cette année la fête de la science à Paris 8, contre les inscriptions extrêmement tardives sans consultation des équipes pédagogiques, … Sauf si l’on recherche explicitement à pousser le personnel à la dépression et à la démotivation, il va falloir trouver une solution pour mettre fin à ce désordre ! Tout cela est bien sûr lié à la campagne d'emploi, car les problèmes proviennent souvent des sous-effectifs des services concernés. La présidence a répondu qu'ils sont navrés et qu'ils sont d'accord sur le fait que le problème est le sous-effectif dans les services.

De la censure. Résistons! a constaté que le service de reprographie semble se livrer, depuis peu, à une censure, invalidant parfois certains documents dont l'impression est demandée pour des cours, faisant des commentaires sur d’autres… Notre liste pose la question de savoir si ce service a reçu des ordres en ce sens de la direction. Une élue d’En actes confirme que la reprographie s’amuse à délivrer des commentaires sur les commandes. La directrice de cabinet explique qu’elle a été étonnée de voir arriver dans sa boîte mail des documents à valider. La présidence confirme qu’elle n’a donné aucune consigne en ce sens, que c’est probablement lié au changement d’équipe à la reprographie, et qu’elle va y remédier. Nous surveillerons cela de près car le problème s'est également posé pour des impressions de tracts. Il ne sera toléré aucune censure de la communication syndicale, qu'on se le dise !

L'affaire Gérard Miller : suite. S’Unir demande où en est la motion qui avait été proposée (cf. derniers CA). Le vice-président du CA indique que le service juridique a fini son travail et que ses remarques ont été envoyées à la chargée de mission égalité femmes-hommes, qui les transmettra au groupe de travail. Résistons! demande que le sujet soit mis à ordre du jour du prochain CA.

À propos du GEMDEV. S’Unir pose la question du devenir du GIS (groupement d’intérêt scientifique) GEMDEV (Groupement pour l’étude de la mondialisation et du développement) après le retrait de la tutelle de Paris 8, un retrait qui n’a pas été justifié. S'unir ajoute que le GEMDEV conteste un certain nombre de points dans l’argumentaire de Paris 8, à savoir l’idée qu’un poste de Biatoss est consacré à un groupe de recherches n’employant qu’un enseignant-chercheur de Paris 8. La présidence répond que tout semble normal et la DGS précise que la collègue Biatoss se verra affectée dans un autre laboratoire.

Accès aux informations et aux archives. Résistons! constate – en vue de la discussion du budget lors du prochain CA – que, sur le site de Paris 8, seuls les budgets 2013–2015 sont disponibles. Nous ajoutons qu’il serait important que tous les membres du CA disposent de tous les documents archivés, et cela sans avoir à les chercher un par un sur le site (lorsqu’il y apparaissent !). Le Poing levé profite de cette question pour rappeler qu’ils n’ont toujours pas accès au mailing étudiant.

L'IUT de Tremblay : suite. S’Unir rappelle que la question de l’IUT de Tremblay n’a toujours pas avancé (cf. précédents CA). Il y a pourtant présence de pratique pouvant s'apparenter à du harcèlement moral et/ou sexuel. La présidence indique que « l’affaire est suivie par la F3SCT ». Or, la présence d'un·e membre de la F3SCT prévue dans l'enquête administrative a été in fine refusée et la F3SCT n'a pas de nouvelles de cette enquête. Le 8 décembre aura lieu la première « visite ». S’Unir rappelle que cette visite devait avoir lieu en juillet dernier. Résistons! rappelle qu'une « visite » n'est pas une « enquête adminstrative » et qu'il est plus que temps que cessent les problèmes signalés dans cet IUT. 

Vos élu·es CA,
Résistons !