CA du 17 avril 2026 : à Paris 8, il n'y a pas de complaisance avec les discours de haine
La fin de l'enquête sur le 15 octobre
L’enquête du ministère sur les événements du 15 octobre (cf. notre CR du CA du 14 novembre 2025 : « L’après 15 octobre ») est désormais close. Le rapport ne met pas en évidence la responsabilité personnelle d'un membre de l’université. Il pointe seulement des dysfonctionnements. Les préconisations consistent globalement à : améliorer le circuit de traitement de demande d'un événement ; porter une attention plus vive sur les réseaux sociaux pour déterminer la nature des évènements qui vont avoir lieu ; renforcer les actions de sensibilisation contre les discours de haine [1]. Le rapport se conclut sur la saisine d’une section disciplinaire extérieure à l’établissement pour les deux étudiantes en première ligne de l’organisation de l’événement du 15 octobre (l’une qui a déposé la demande de l’événement, l’autre qui est la présidente de leur syndicat). Se demandant s’il y a eu de la complaisance avec le discours tenu le 15 octobre, des paroles de haine, racistes ou antisémites, les inspecteurs n’ont rien trouvé, seulement des remarques floues sur le climat, et un supposé laxisme. Enfin, le ministère met en place une « commission des suites » – qui existe dans l’administration, mais constitue une nouveauté dans l’ESR –, composée de l’IGESR (Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche) et du rectorat délégué à l’ESR, pour voir si les recommandations seront suivies.
Le 27 mars dernier, le ministre est venu à Paris 8 pour parler de l’enquête et des libertés académiques. Sa venue a été annoncée le mercredi soir pour le vendredi matin… Une première partie de la visite s’est tenue à huis clos. Pour la seconde, publique, le ministre avait annoncé la présence "de toute la presse". À la demande de la présidence, on apprenait que, pour le ministère "toute la presse", c’était… CNews et BFM ! La présidence a refusé catégoriquement la présence de CNews et au final seuls l'AFP, Le Monde, BFM, et NewsTank étaient là. Cette partie de la visite devait traiter des libertés académiques – la présidence avait invité des collègues impliqués sur ce sujet dont certain·es spécialistes –, mais la presse n’a retenu que le 15 octobre.
Suite à ces informations, Résistons ! demande s’il y a quelque chose à craindre de la commission mise en place par le ministère. Le vice-président répond que son impression est qu’il s’agit surtout de « cocher des cases » – la série de préconisations – et de « remonter une photo ». L’intersyndicale observe cependant que la veille active sur les réseaux sociaux des étudiant·es actifs et actives politiquement, au delà d'être une pratique hautement problématique qu'on pourrait sans peine qualifier de dérive autoritaire, nécessiterait pour être mise en œuvre des moyens conséquents étant donné l’importance des réseaux sociaux étudiants, et que le ministère ne nous a pas donné un poste supplémentaire pour cela ! Le Poing Levé insiste sur le fait que, dans le contexte actuel (par exemple la mobilisation contre le projet de loi Yadan qui a été un succès), les universités sont particulièrement visées et se demande comment résister, comment ne pas tomber dans le piège d’être le relai de ces politiques répressives. Le Poing Levé évoque l’organisation récente d’une AG pour laquelle la direction de l’université les rendait responsables de tout événement qui surviendrait, et critique le maintien du contrôle à l’entrée.
Un calendrier unitaire ?
Le calendrier universitaire déjà validé en CFVU a été présenté au Conseil d'administration.
Résistons fait remarquer que la semaine de pause pédagogique prévue au second semestre arrive beaucoup trop tôt, après seulement 3 semaines de cours, ce qui déséquilibre complètement les deux parties du semestre et a des conséquences néfastes pédagogiquement. En fait, de nombreuses contraintes entrent en jeu lors de la composition de ces calendriers, notamment la volonté de faire coïncider notre pause pédagogique avec l'une des deux semaines de vacances scolaires de notre zone et si possible de celle de l'Oise également car certain·es collègues y habitent.
Tout le monde affirme l'importance d'aller vers un calendrier commun à l'ensemble des formations, afin que les pauses pédagogiques tombent en même temps pour l'ensemble des cours (langues, EC libre, etc.) de chaque étudiant·es, mais dans certaines composantes c'est encore compliqué : il y a encore des efforts à faire à ce niveau là.
Résistons fait également remarquer qu'au second semestre qui démarre le 25 janvier, il n'est pas prévu une semaine pour d'éventuels cours intensifs comme c'est le cas au premier semestre avec un début de semestre le 14 septembre mais un démarrage des cours prévu en semaine 1 le 21 septembre.
Résistons suggère tout de même à l'ensemble des formations de démarrer le second semestre une semaine avant la date prévue par ce calendrier commun, c'est-à-dire le lundi 18 janvier au lieu du lundi 25 janvier : d'une part cela permet de rééquilibrer un peu les deux parties du semestre de part et d'autre de la pause pédagogique, mais aussi et surtout cela permet d'avancer au maximum dans les enseignements avant les perturbations qui arriveront inévitablement à l'approche des présidentielles.
Projets CVEC et FSDIE
Les projets CVEC (Contribution de vie étudiante et de campus) sont en général approuvés sans discussion. Lors de ce CA, plusieurs points ont été soulevés. Une élue se demande s’il est raisonnable d’y voir figurer la mise en place d’horloges dans les amphis (cela devrait relever du budget de fonctionnement de l’université !). L’élu de l’UNEF mentionne le fait que, lors de sa participation à la commission pour le choix des projets, il a été pris à partie suite au refus d’une proposition. Il regrette également des propositions acceptées portant sur la fin de l’année où très peu d’étudiant·es sont présent·es. Et il pose la question du stage de ski, maintenu malgré le refus de la commission, dont le coût est élevé en plus de poser des questions d'ordre écologique et du fait que cela profite chaque années aux mêmes étudiant·es. D’autres élu·es demandent d’avoir le bilan des projets réalisés et, si les demandes sont récurrentes, d’avoir un dispositif d’évaluation. Vote : 12 abstentions et 16 pour.
Les projets de la FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes) sont approuvés à l’unanimité moins 2 abstentions.
L’IUT de Tremblay, une histoire qui n’en finit pas
Pour la énième fois, Résistons ! et S’unir pour Paris 8 ont mis à l’ordre du jour la question de l’IUT de Tremblay, où la situation est explosive.
Le vice-président du CA évoque la mission importante qu’il y mène (avec le vice-président aux moyens et au budget) pour essayer d’assainir la situation. Mais, ensuite, le discours tombe sur le : « la situation est compliquée » ou « il y a une lutte entre deux clans », un discours que l’intersyndicale ne comprend pas et auquel elle ne peut pas souscrire : il y a peut-être des dysfonctionnements structurels et/ou de longue date, mais les syndicats et le personnel impliqués, eux, parlent de maltraitance et de pratiques pouvant s’apparenter à du harcèlement et attendent des mesures concrètes.
Vite dit, bien dit
Saint-Denis. Le nouveau maire de Saint-Denis a participé à l’inauguration de l’épicerie sociale et solidaire qui a ouvert sur le campus (réservée, pour l’instant, aux étudiant·es accompagné·es socialement). Par ailleurs, l’élu·e de la ville présent·e au CA de l’université va changer, tenant compte de la nouvelle majorité.
Comité d’Orientation artistique et scientifique du nouvel espace d’exposition (bâtiment H). Ce comité a été approuvé, avec l’ajout du régisseur demandé par le CAc.
Statuts des UFR Arts et MITSIC. Ces statuts ont été approuvés, avec une demande de corrections pour l'inclusivité des statuts de l'UFR MITSIC.
Conseil des Transitions. Le Conseil des transitions [écologiques], composé de membres de l’université tirés au sort ainsi que de personnalités extérieures, a émis un premier avis soulignant que la transition écologique nécessite des crédits pérennes et non pas seulement des financements exceptionnels ou sur appel à projets.
Recherche et éthique. L’intersyndicale Résistons ! a noté que, sur le site de l’université, figure une page dédiée à un « Appel à candidatures pour la coprésidence française du Haut Conseil franco-israélien pour la Science et la Technologie ». Rappelant que notre université s’est engagée à ne pas entretenir de liens avec l’État d’Israël, elle a demandé – soutenue par la Dionysoise – que cette page soit supprimée ou qu’un bandeau soit ajouté indiquant l’obligation d’affichage. La présidence s’est engagée à apposer le bandeau. De son côté, le Poing Levé indique que le Comité Parole Palestine attire l’attention sur l’existence d’une thèse CIFRE de Paris 8 avec Thalès et qu’il a écrit à ce sujet au Comité d’éthique mais n’a reçu aucune réponse.
Prime CIA (Complément Indemnitaire Annuel). L’intersyndicale interroge sur cette prime dont une personne n’a pas pu bénéficier du fait de sa disponibilité en décembre. Comme il existe un avis émanant du CA allant dans ce sens, Résistons ! demande une nouvelle délibération. La présidence interrogera sur ce point les services.
L’IA dans les recrutements. L’intersyndicale demande à la présidence de rappeler aux président·es des comités de sélection de recrutement des enseignant·es-chercheur·es et des commissions ad hoc de recrutement des enseignants de ne pas mettre les données des candidat·es dans une IA ! La Dionysoise demande d’en faire de même pour le recrutement du personnel Biatoss.
Un·e RAF pour deux UFR. L’« expérimentation » en question vient d’être rejetée à l’unanimité par le CSA.
Prix de l'essence. La Dionysoise constate que, des collègues qui viennent de plus loin, demandent plus de télétravail du fait de l'augmentation du prix de l'essence. La présidence propose de revenir sur ce sujet.
Vos élu·es CA,
Résistons !
[1] Communiqué de presse du ministère : « [Le ministère] préconise notamment de systématiser l’engagement de procédures disciplinaires en cas de manquement, de refondre en profondeur les procédures d’autorisation des événements afin de les rendre plus rigoureuses et traçables, et de renforcer les capacités d’anticipation grâce à une veille active sur les contenus diffusés au sein de la communauté universitaire. Il recommande également un encadrement renforcé des événements identifiés comme sensibles, avec une présence institutionnelle systématique, ainsi qu’une réelle structuration de la politique de prévention et de lutte contre l’antisémitisme, notamment à travers la formation, la désignation de référents et la pleine mise en œuvre des dispositifs existants. ».