CA du 19 décembre 2025 : Le vote houleux d'un budget austéritaire
La séance du Conseil d'administration du 19 décembre s'est tenue sous tension. Cette séance était initialement prévue le 12 décembre, mais des étudiant·es en ont empêché la tenue pour dénoncer le budget initial 2026 qui nous était proposé et qui n'était satisfaisant pour personne. Le 12 décembre, les élu·es de Résistons! et de la liste S'Unir pour Paris 8 ont refusé d'entrer dans la salle des conseils par une porte dérobée comme cela leur a été proposé. Le quorum ne fut donc pas atteint et la séance ne s'est pas tenue. Cette unité de l’opposition a permis d'obtenir la tenue d’une réunion supplémentaire de la commission budgétaire (réunissant un·e représentant·e de chacune des listes d'opposition, le vice-président et les agents de la direction en charge du budget) et des détails bienvenus sur le budget proposé : le contexte austéritaire était clair, mais les choix des coupes – donc, les arbitrages – ne l'étaient pas.
Le 19 décembre, pour le CA reconvoqué, Résistons! et S'Unir ont décidé de siéger – une fois les précisions obtenues –, d'une part, pour donner leur avis sur le budget proposé et, d'autre part, pour que le budget soit voté afin que la campagne d'emploi puisse être lancée. Ils avaient convenu, avec les élu·es étudiant·es (Le Poing Levé, FSE, UNEF), d'une intervention commune contre l'austérité. Les organisations étudiantes ont finalement choisi de tenter à nouveau le blocage. Le CA s'est donc tenu avec les élu·es de Résistons! et de S'Unir, mais sans les élu·es étudiant·es – il a accueilli des représentant·es de leurs listes, qui ont signifié leur désaccord avec ce budget avant de partir. Les résultats des votes ci-dessous sont amputés de la participation des élu·es étudiant·es, opposé au budget proposé, à l'instar de Résistons! et de S'Unir.
Une austérité confirmée
Le contexte national est catastrophique pour les universités. Le budget de Paris 8 est déficitaire depuis plusieurs années, même si la situation est moins pire qu'ailleurs. Mais, comme l'a dit le président, en propos liminaire : « On ne peut pas se satisfaire d'être dans une moindre déliquescence que les autres. On doit assurer le fonctionnement de Paris 8, mais la situation n'est pas satisfaisante ». Et pour cause : dans ce budget initial (BI) 2026, les trois indicateurs à suivre (les fameux « ratios de soutenabilité ») sont dans le rouge :
- le fonds de roulement atterrit à 122,72 k€, soit 0,27 jour de fonctionnement, alors que le seuil prudentiel est de 15 jours (seuil lui-même abaissé depuis 2024, puisqu'il était de 30 jours auparavant) ;
- la trésorerie atteint 10,58 M€, soit 23,05 jours de fonctionnement, alors que le seuil prudentiel est de 30 jours ;
- la masse salariale, de 145,5 M€, représente 86,85 % du budget alors que le taux réglementaire est de 85 %.
Au-delà de ces ratios, il y a une amélioration : le résultat d'exploitation prévu serait en déficit à -1,08 M€ contre -8,04 M€ au Budget initial (BI) 2025 (voté en janvier 2025, finalement revu à -5,59 M€ dans le budget rectificatif (BR)). Selon le BI 2026, il en résulterait une capacité d'autofinancement positive de 2,29 M€, alors que celle-ci était négative ces dernières années (-3,09 M€ en 2025).
Malgré cette amélioration de la soutenabilité budgétaire, ce sont bien nos activités de service public qui pâtissent des coupes budgétaires. Il est prévu que nos dépenses de fonctionnement baissent de 23,4 % (soit 4,5 M€). Par ailleurs, les recrutements prévus lors du vote de la campagne d'emploi 2026 sont très en deçà des besoins réels des formations, alors même que nous allons mettons en place les maquettes LMD5 à la rentrée 2026.
Si nos moyens sont amputés, et notre fonctionnement plus obéré encore que par le passé, c'est que le gouvernement ne tient pas ses engagements. En 2024, notre université a signé avec ses tutelles un PREF (plan de rétablissement de l'équilibre financier) dans lequel, en contrepartie des efforts budgétaires consentis par Paris 8, l'État s'engageait à une augmentation de la SCSP (subvention pour charge de service public), afin de compenser à la fois la progression mécanique des charges de fonctionnement et la sous-dotation historique de notre établissement par rapport aux universités comparables. Ce PREF devait permettre un retour à l'équilibre en 2027. Bien sûr, vos élu·es Résistons! n'étaient déjà pas dupes : nous faisions remarquer à l'époque que « la prévision d'augmentation, même très prudente, de la SCSP dans le PREF, demeur[ait] extrêmement hypothétique ». Si cet engagement avait été tenu par l'État, avec des abondements supplémentaires d'environ 4 M€ en 2024 et de 6 M€ en 2025, nous aurions terminé l'exercice 2025 avec 10,5 M€ de plus à disposition de l'université, et l'équilibre financier aurait été rétabli dès 2025. Cela aurait permis une meilleure réponse aux besoins des services et composantes tout en maintenant le niveau du fonds de roulement au seuil prudentiel de 15 jours… Pour 2026, les consignes du gouvernement sont claires : il faut couper dans toutes les « activités spécifiques », comprendre tout ce qui n'est pas relatif au fonctionnement minimal de notre université.
En CA, une fois ce constat fait, les élu·es des différentes listes d'oppositions ont demandé des éclaircissements sur les arbitrages prévus par la direction de Paris 8, sachant que le budget initial fait apparaitre que c'est la partie « fonctionnement » qui trinque le plus (moins que l'« équipement », alors que la partie « salaires » reste stable). Résistons! a demandé : puisqu'il a été dit que la recherche ne sera pas affectée, est-ce à dire que c'est la partie enseignement – déjà très paupérisée – qui pâtira des coupes ? L'UNEF a dénoncé des dépenses qu'elle juge étranges à l'Institut d'Études à Distance et la fermeture de certaines licences (cf. ci-dessous). Résistons! a suggéré de penser plus conjointement recherche et enseignement pour que les deux soient sauvés et a souligné que l'investissement semblait aussi constituer une variable d'ajustement. Par ailleurs, l'opportunité de dépenses si importantes dans l'évènement du Grand 8 a été questionnée par le Poing Levé et la liste S'unir pour Paris 8.
Il apparait que, en l'absence de comptabilité analytique, il est extrêmement difficile d'établir combien coûte réellement telle ou telle activité (toutes dépenses confondues et toutes recettes décomptées). Nous nous réjouissons d'apprendre que Paris 8 en aura très prochainement une.
Une repolitisation souhaitable
Sur le fond, les listes d'opposition soulignent que, si le budget est par nature un instrument technique, il constitue également un objet politique au sens où il traduit des orientations – à court, moyen et long termes –, des projets, des choix, aussi contraints soient-ils. Résistons! conteste en particulier les modalités actuelles des processus d'élaboration du budget (notamment celles du dialogue d'orientation budgétaire) qui reposent essentiellement sur des échanges bilatéraux entre les services financiers et les composantes, modalités qui alimentent à la fois les fantasmes et les concurrences entre services et entre composantes. Nous défendons ainsi la fin des négociations de couloirs, la collégialité et la publicisation des discussions par lesquelles les besoins et demandes sont évalués et réévalués au fil de la procédure budgétaire, autrement dit la débureaucratisation et la repolitisation des procédures budgétaires.
Vos élu·es Résistons!, aux côtés des élu·es de la liste S'Unir ont donc fait la déclaration suivante avant le vote :
Nous, élu·es de diverses listes au conseil d'administration, nous nous opposons, conjointement, au budget initial 2026 tel qu'il nous est présenté.
Nous contestons, d'abord et avant tout, les choix politiques d'échelle nationale qui sacrifient l'enseignement supérieur public, la recherche publique, l'avenir de générations successives d'étudiant·es comme les conditions de travail et d'emploi de celles et ceux qui font vivre les universités. Nous nous opposons aussi fermement à la manière dont notre université s'asservit à une gestion strictement bureaucratique de la pénurie.
Sous le chapeau des coupes austéritaires imposées par le gouvernement, de la rationalité gestionnaire et de la raison des “bons pères de famille”, les élu·es du CA sont placé·es en situation de valider ces arbitrages, dans l'urgence, sans en connaître ni les cheminements, ni les critères précis, ni le projet d'ensemble et de moyen terme auquel ils s'adossent. Ils et elles sont placés devant le fait accompli. Cette manière de procéder alimente la fragmentation de notre université, la conflictualité et la résignation.
Grâce à notre mobilisation, nous avons obtenu il y a deux jours des données plus précises sur les choix effectués. Au vu de ces délais et du temps de séance imparti, nous ne pouvons néanmoins engager un vrai débat sur ces choix et les alternatives.
Nous défendons le principe de faire du processus d'élaboration du budget un moment où un projet commun puisse être construit en mobilisant tous les segments de la communauté universitaire, et par des processus de délibération rendus visibles à tous et toutes. Cela passera notamment par la mise à disposition et la diffusion élargie des données et des critères sur lesquels se basent les décisions budgétaires. Il faut, dès le début de l'année 2026, mettre en place les conditions pour que les choix budgétaires futurs soient enfin effectués collégialement.
Vote du budget initial 2026 : 2 abstentions, 8 contre, 18 pour.
Sachant donc que les élu·es étudiant·es unanimement opposé·es au budget étaient absent·es.
Après le vote du budget, la motion suivante, proposée par la présidence, a été votée à l'unanimité du CA :
Le Conseil d'administration de l'Université Paris 8, réuni le 19 décembre 2025, alerte solennellement la tutelle et la communauté sur le Budget initial 2026 qui a été construit sous de très fortes contraintes et a dû être voté ce jour. Ce budget démontre que l’université n’a plus de marges de manœuvre pour faire face à ses besoins pérennes minimaux et assurer ses missions de service public en formation, en recherche et en accompagnement de sa communauté, étudiante et professionnelle, dans un contexte social de forte hausse de la précarité, de fragilisation de la démocratie et de désengagement de l’État. Ces missions, essentielles pour la société présente et à venir, doivent être réaffirmées avec force et re-abondées par l’État en urgence.
Résistons! et S'unir pour Paris 8 déplorent par ailleurs les coups de pression sur les élu·es pour voter le budget après le blocage du 12 décembre. La présidence a confirmé en séance que l'argument selon lequel les chargé·es de cours 2025 ne seraient pas payé·es si le budget 2026 n'était pas voté est faux.
Mise en examen de Gérard Miller
Vos élu·es Résistons! se félicitent de l’adoption à l’unanimité par le Conseil d’administration d’une motion concernant les violences sexistes et sexuelles et l’affaire Gérard Miller. L'élaboration de cette motion a été impulsée par SUD Éducation et notre intersyndicale Résistons! (CGT, FSU, SUD) qui l’a fait mettre à l’ordre du jour du CA. Ce travail a ensuite impliqué la quasi-totalité des listes représentées au CA — des listes d’opposition à la liste de la présidence, des listes des étudiant·es aux listes des personnels — ainsi que la nouvelle chargée de mission de lutte contre les violences sexistes et sexuelles de l’université. Voici la motion adoptée à l'unanimité :
Le Conseil d’administration de l’Université Paris 8, réuni le 19 décembre 2025, exprime sa résolution à lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Un de ses anciens enseignants-chercheurs, Gérard Miller, a été mis en examen le 2 octobre 2025 pour quatre viols, dont trois sur mineures, et deux agressions sexuelles, qui auraient été perpétrés entre 2000 et 2020. Il a en outre été placé sous le statut de témoin assisté pour un fait présumé de viol sur mineur de plus de 15 ans. Il s’agit de faits qui font l’objet d’une procédure en cours. Vingt-sept femmes l’auraient à ce jour accusé. Conformément aux principes fondamentaux du droit, Gérard Miller bénéficie, jusqu’à une éventuelle condamnation définitive, de la présomption d’innocence.
Entre 1993 et 2017, Gérard Miller a été maître de conférences en science politique puis professeur et directeur du département de psychanalyse à l’Université Paris 8. En 2024, les premières révélations dans la presse ont fait état que parmi les six premières plaignantes, il y aurait deux anciennes étudiantes de Paris 8. Des publications récentes mentionnent qu’une alerte aurait été lancée, en interne, quelques années plus tôt, par une secrétaire du département psychanalyse. Cette alerte aurait été ignorée.
Le CA sait que tout cadre institutionnel, notamment celui d’une université, est propice à la perpétration de violences sexistes et sexuelles, à leur non-dénonciation et leur impunité. En la matière, notre université a la responsabilité de prendre la mesure de ces risques et de remédier à ces manquements passés.
Le CA, s’appuyant sur les informations publiées par la presse, et au nom des actuel·les personnels et étudiant·es de l’Université Paris 8, prend acte de ces accusations, plaintes et mises en examen. Il prend acte que, selon ces accusations, certaines de ces violences se sont potentiellement nouées au sein de notre institution et que celle-ci n’aurait, alors, pas mis en place les mesures nécessaires à protéger ses étudiant·es et personnels. Le CA prend acte que la position de Gérard Miller dans notre université a, plus généralement, contribué à son crédit.
Le CA témoigne aux plaignantes, comme aux autres victimes alléguées, sa solidarité et son soutien. Il regrette que l’université n’ait pas fourni alors l’écoute et les ressources nécessaires. Tout signalement concernant cette affaire, ou toute autre, sera traité avec la plus grande attention.
Sur la base des changements amorcés, le CA et la communauté dont il émane s’engagent à agir collectivement pour que ni les violences de genre, et plus particulièrement les violences sexuelles et sexistes, ni leur occultation ne puissent se reproduire ou s’ourdir en nos murs.
Capacités d'accueil
« Capacité d'accueil » : locution nominale figée désignant un nombre inscrit dans une case d'un tableur et qui a été imposé par le rectorat. Bien qu'elle en ait totalement perdu le sens, cette locution est formée des mots « capacité » et « accueil » et désignait autrefois le nombre d'étudiant·es qu'une formation était capable d'accueillir en fonction des locaux disponibles et de leur taille, et du nombre d'enseignant·es pouvant intervenir dans la formation.
Les capacités d'accueil en L1 et BUT1 ont été maintenues malgré les demandes de baisse de certaines formations constatant, faute de locaux et de recrutement des collègues nécessaires, leur incapacité à assurer un service public d'enseignement supérieur décent avec des promos aussi importantes. Le rectorat refuse d'entendre ces demandes parce qu'un nombre important de lycéen·nes est attendu dans le supérieur. Cela fait pourtant presque 10 ans qu'on nous dit être sur la crête de la vague, que les flux vont diminuer et qu'en conséquence ce n'est pas la peine d'augmenter les moyens de l'ESR (pendant ce temps, les collègues du secondaire en collège dans le 93 continuent de constater des augmentations d'effectifs…).
Pour la rentrée 2026, il y a 3 fermetures en licence LEA (arabe/espagnol, allemand/espagnol, arabe/italien), mais avec une augmentation de 28 places en LEA anglais/espagnol, et la création de 100 places pour la nouvelle licence professorat ; cela revient à une augmentation de la capacité d'accueil globale.
Pour Résistons!, il s'agit de maltraitance et d'une attaque contre nos conditions de travail ainsi que les conditions d'études de nos étudiant·es. Cette maltraitance a été objectivée grâce au questionnaire de l'ARACT sur les conditions de travail et la santé au travail. Sans construction de locaux et recrutement de personnels BIATOSS et enseignant·es, l'augmentation des capacités d'accueil se fait forcément au détriment du service public. Un exemple concret a été évoqué en séance : le manque de salles fait qu'on donne cours de 18h à 21h, or souvent les étudiant·es ne peuvent pas rester jusqu'au bout à cause des transports en commun, sans parler de la fatigue – la leur comme la nôtre ; cela participe à la détérioration des conditions de travail et d'études.
Vote sur les capacités d'accueil L1 et BUT1 : 7 contre, 3 abstentions, 18 pour.
Vote sur les capacités d'accueil à l'IED : 7 abstentions, 20 pour.
Vos élu·es CA,
Résistons !