CA du 30 janvier 2026 : Des errements d'ERUA aux tremblements de Tremblay

Ce fut un CA particulièrement long et chargé, en témoigne le temps que nous avons mis à sortir ce compte-rendu. Long par sa durée : alors que le CA démarre à 9h30, les élu·es participant au CA restreint après le CA ont dû siéger jusqu'à presque 19h. Chargé par son ordre du jour : 16 points différents dont plusieurs sujets très lourds et importants qui ont chacun occupé plus d'une heure de discussion, comme la situation à l'IUT de Tremblay, mais aussi l'offre de formation LMD5, le bilan à mi-parcours de l'ERUA, la mission égalité femmes-hommes, et nos conditions de travail à travers le rapport social unique 2024.

Malgré cet ordre du jour chargé, il n'y avait au moment de la convocation au CA qu'une poignée de documents mis à disposition des conseiller·es. Les plus importants documents préparatoires de la séance n'ont été mis en ligne que 2 jours avant celle-ci, sans que les élu·es n'en soient même notifié·es, alors même qu'il y avait une importante modification de l'ordre du jour concernant ERUA (nous y reviendrons ci-dessous).

Rapport hCéReS

Parmi les documents arrivés au tout dernier moment : le rapport HCERES global de l'Université. Comme à son habitude l'HCERES se vautre dans sa néomanagementite aiguë (il faut “renforcer le pilotage” et la “démarche qualité”). Il se vautre aussi dans ses propres contradictions : d'un côté nous devrions mieux penser l'articulation formation/recherche, de l'autre, nous devrions nous concentrer sur les licences. Licences pour lesquelles on nous impose par ailleurs un recul colossal du contenu disciplinaire dans le LMD5, au profit de "soft skills transversaux" au prétexte de la "réussite étudiante" qu'on devrait améliorer, sans moyens supplémentaires bien sûr. Tout ça après avoir loué la qualité de notre recherche et l'adossement de nos enseignements à celle-ci… Bref.

Rapport social unique 2024

Contrairement à celui produit par le HCERES, ce rapport est intéressant. Le RSU 2024 offre chaque année une vision globale de notre université, sur les emplois et les effectifs, les recrutements et la mobilité, la rémunération et la formation, la précarité et la santé au travail. Comme chaque année, ce rapport s'améliore grâce aux demandes de précisions de vos élu·es Résistons!, qui sont effectivement prises en compte par les collègues de la DIPEFAS auteur·ices de ce rapport.

L'an dernier par exemple, nous demandions à ce que l'indication des répartitions genrées soit systématisée. Cela nous permet cette année de constater que si les femmes représentent 55% des effectifs au total, elles subissent 69% des arrêts de travail. Mais aussi, et c'est plus positif, 2024 est la première année à Paris 8 où les femmes sont majoritaires, y compris chez les PR, avec un passage de 49% en 2023 à 50,4% en 2024, probablement grâce à un effet des premières années de repyramidage.

On relèvera que la précarité est en augmentation chez le personnel Biatoss. Ces dernier·ères, qui représentent 42% du personnel, comprennent 43% de contractuel·les ! Cela est dû en partie à l’augmentation du mode de financement par projets, et au fait que, sur certains métiers à forte expertise, le statut n'étant plus attractif, certain·es candidat·es préfèrent être recruté·es sur contrats. Chez les enseignant·es, on relève l’utilisation de 85 328 heures en vacation pour une année (celle 2023-2024 a été choisie comme exemple dans le rapport), soit l'équivalent de 444 postes d’enseignant·es-chercheur·es (pour un total de 636 EC titulaires) !

Par ailleurs, plusieurs postes de Biatoss ne sont pas pourvus, sans doute en raison des salaires très bas. À noter qu’il y a souvent de nombreux candidat·es pour un poste, mais que très peu sont présent·es lors de l’entretien, soit parce qu'ils ont déjà trouvé un travail (manque de réactivité de notre université), soit du fait de la non attractivité des salaires. La direction a présenté devant le CSA un calendrier de travail sur les rémunérations (dans les contraintes imposées par les grilles de salaires de la fonction publique et des moyens de l'université…), mais les résultats ne semblent pas encore visibles. Concernant les arrêts de travail, on relève une légère baisse, mais il n’est pas possible de distinguer les arrêts maladies des arrêts de travail imputables au service. À noter que, chez les enseignant·es, le faible taux d'arrêt de travail s'explique par le fait que les collègues rattrapent souvent leurs cours, et ne déclarent donc pas les arrêts de travail, afin de ne pas subir de jours de carence.

Enfin, concernant les travailleurs et travailleuses en situation de handicap : nous sommes en sous-effectif dans ce domaine, ce qui entraîne une amende. Or les collègues relevant de la RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) doivent en réalité être plus nombreux. Mais iels n’osent pas ou ne voient parfois pas l'intérêt de se déclarer (ou peut-être est-ce la lourdeur de la procédure auprès de la MPDH ?) malgré les possibilités que cela ouvre en termes d'aménagement du postes de travail.

Mission Égalité femmes-hommes

Lors du dernier CA, Résistons!, en accord avec S’Unir pour Paris 8 et Paris 8 en actes, a fait voter une motion sur Gérard Miller, une motion à laquelle a également contribué la nouvelle chargée de mission Égalité femmes-hommes. Cette dernière est venue présenter au CA sa mission qu’elle décompose en trois plans :

  1. Prise en charge des VSS. Difficultés pointées : retards, opacité de dispositifs, victimisation secondaire… Évolutions envisagées : a) dispositif de signalement : va être créée une plateforme de signalement, avec trois voies possibles : VSS, racisme-antisémitisme-xénophobie et risques psycho-sociaux (harcèlement au travail) ; b) dispositif d’écoute : les écoutant·es proposeront des rendez-vous aux signalant·es – il est important de distinguer écoute (assurée par la cellule) et enquête administrative ; c) dispositif d’analyse : un comité de suivi des situations sera formé, qui analysera les situations, formulera des recommandations et les transmettra aux instances décisionnaires.
  2. Prévention. En préparation avec le Pôle Développement RH, un plan de formation pour les personnels, d’abord pour les référent·es VSS (dont les heures de référentiel varient actuellement d’un département à l’autre et ne sont sans doute pas suffisantes ; il faudrait qu’il y ait une forme de compensation, y compris pour les Biatoss). Sera préparé également, en collaboration avec les services de la recherche, un module VSS obligatoire pour les MCF-HDR et à terme pour tou·tes les encandrant·es de thèse, les agents de sécurité et les intervenant·es externes. Réflexion aussi sur la possibilité de l’adoption d’un prénom d’usage (autre que celui de l’état civil) pour les étudiant·es, un avantage acquis à Paris 8 actuellement remis en question par l'incapacité du nouveau logiciel Pégase à gérer cela correctement, pour l'instant du moins.
  3. Sensibilisation. Il s’agit de communiquer sur les dispositifs, notamment en collaboration avec la Maison des étudiants, et de créer un agenda annuel pérenne autour de plusieurs dates importantes : 20 novembre, Journée du souvenir trans (TDoR) ; 25 novembre, Journée internationale de lutte pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes ; 8 mars, Journée internationale des droits des femmes ; 31 mars, Journée internationale de visibilité transgenre (TDoV) ; 17 mai, Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie.

Cette mission a besoin d’un support administratif ainsi que de stagiaires pour l’aspect sensibilisation (sur les aspects logistiques notamment) et, à moyen terme, d’une personne écoutante à temps plein.

Vos élu·es Résistons! ont demandé à ce que la décision soit prise d'assurer la disponibilité de supports de poste pour ces missions dès la prochaine campagne d'emplois, en allant s'il le faut réclamer des supports de poste supplémentaires auprès de nos tutelles dans le cadre de la lutte contre les VSS.

ERUA : bilan de mi-parcours et statut juridique

Le VP des Relations internationales et le coordinateur de l’ensemble du projet ERUA sont venus présenter le dossier de l’ERUA à mi-parcours. L’ERUA (European Reform Universities Alliance) est une alliance entre Paris 8 et sept autres universités européennes en plus de 2 universités associées. Elle se veut une alliance à l’inverse des alliances dominantes, en étant une « université de réforme », des « périphéries », n’épousant pas la logique néo-libérale. La présentation insiste sur ces points, en rappelant par exemple que les étudiant·es sont intégré·es dans la gouvernance ou que l’ERUA s’est positionnée avec des motions sur l’Ukraine et sur Gaza. La commission européenne ayant annoncé qu'il y aura un financement supplémentaire de 2 ans, l'heure est au bilan de mi-parcours.

Résistons! ainsi que S’unir ont pris la parole pour relever plusieurs points :

  • il existe un écart entre la mission que se donne l’ERUA (inclusive, de réforme…) et le langage de type novlangue utilisé (de manière générale, la communication semble se faire au détriment du contenu, et parfois même au détriment du respect du travail des collègues EC qui s'investissent pour faire fonctionner le dispositif ERUA) ; en un sens, l’équipe embauchée spécialement pour l’ERUA semble quelque peu décalée par rapport aux pratiques et aux habitudes de notre université ;
  • il reste difficile de comprendre comment fonctionne l’ERUA ;
  • le fait que les appels sont lancés de manière irrégulière et en laissant chaque fois très peu de temps pour y répondre, font que relativement peu de collègues et d’étudiant·es profitent encore des possibilités offertes ;
  • certaines informations ne sont pas suffisamment partagées.

Se pose notamment la question de savoir s’il est vraiment nécessaire de pérenniser cette alliance en lui donnant un cadre juridique, comme cela est proposé. Résistons! souligne par ailleurs que les statuts de la nouvelle entité n’ont été envoyés aux conseillers que 3 jours avant le CA et proposent de reporter le vote. La présidence indique que Paris 8 est la dernière université à voter ces statuts, qui ne sont donc de toutes façons plus amendables (la démocratie universitaire en prend un coup), et procède tout de même au vote : 1 contre ; 7 abstentions ; 20 pour.

Offre de formation du LMD5

À l'occasion de la validation définitive de l'offre de formation LMD5, le CA est revenu en discussion sur la procédure de montage des nouvelles maquettes. Vos élu·es Résistons! ont rappelé, en rebondissant sur la discussion précédente sur le rapport HCERES, que le cadrage imposé a été inventé localement à Paris 8 et que globalement il s'agit, au prétexte de la réussite étudiante, de respecter des contraintes budgétaires. Nous estimons que, en réalité, le cadrage va à contre-courant de la réussite de nos étudiant·es, en imposant de privilégier systématiquement des règles administratives sans aucun fondement pédagogique au détriment du disciplinaire. Si l'objectif est véritablement d'améliorer la réussite de nos étudiant·es avec les moyens dont nous disposons, pourquoi ne pas laisser davantage la main aux équipes pédagogiques qui les connaissent le mieux plutôt que d'inventer des règles “one size fits all” ? Nous nous interrogeons également sur la lisibilité des maquettes : les M2E et M3P intégrés de force dans le bloc de “fondamentaux” qui devraient pourtant relever du disciplinaire, le terme de “spécialisation” qui n'en sera clairement pas une dès lors qu'elle sera externe, etc.

Bien que le constat déplorable du sous-financement chronique de l'enseignement soit partagé, la réponse de la présidence est directe : « il est important d'avoir une ligne claire au niveau de l'établissement ». Traduisons : on invente des règles pour permettre la rédaction de rapports d'évaluation hors sol, quitte à ce que ce soit au détriment des formations et de leur nécessaire diversité. Et quand nous nous interrogeons sur les différences entre LMD4 et LMD5 (nous pensions évidemment aux différences de sens des ouvertures/fermetures de formation), on nous répond que le LMD5 est « basé sur le LMD4 en termes de soutenabilité », c'est dire le prisme par lequel la question pédagogique est abordée par les imposeurs de cadrage…

Résistons! rappelle que le problème de la réussite étudiante en licence n'est pas spécifique à Paris 8. Il s'agit d'un sujet d'ampleur nationale et d'abord et avant tout d'un problème social auquel seules des mesures budgétaires conséquentes, telles que la création d'un véritable salaire étudiant et la construction massive de logements étudiants, pourront répondre. Même localement, l'approche ne nous semble pas pertinente : aucun dispositif d'EC libre ou de “soft skill”, surtout quand il s'agit de le mettre en œuvre au détriment du disciplinaire, ne répondra correctement à ce problème. Qu'à cela ne tienne, on vient de nous inventer un “bureau des transversalité” (sic!) en charge de la réussite étudiante…

Quoi qu'il en soit, le travail fourni par l'ensemble de l'université pour le LMD5 est approuvé par le CA avec 25 voix pour face à 2 voix contre et une abstention de la part des élu·es étudiant·es.

Crise à l’IUT de Tremblay-en-France

Une grande partie de ce CA a été consacrée à prendre la mesure de la situation catastrophique à l'IUT de Tremblay. Les listes d'opposition avait demandé à en discuter en “questions diverses” (les seules sur lesquelles elles ont la main), ce fut finalement un point plein et entier de l'ordre du jour. Il faut se mobiliser pour que les problèmes à l'IUT de Tremblay soient considérés comme des problèmes centraux et non périphériques de notre université. Lors du CA du 30 janvier, il était manifeste que, malgré les récents communiqués de Résistons! et d'autres syndicats, les interpellations en CA au printemps dernier, la nature et l'ampleur des problèmes subis par les personnels et étudiant·es de l'IUT restent méconnues par un grand nombre d'élu·es.

Ces problèmes sont pourtant anciens. Les premières alertes auprès des plus hautes instances de l'université, précisément documentées, datent de 2020. Ces problèmes sont aussi multiples et graves : désorganisation maximale, menaces, diffamation, faux et usage de faux, intimidations, remarques dégradantes, violences sexuelles et sexistes. Les personnels et étudiant·es de l'IUT de Tremblay (soit au moins 600 personnes), travaillent et étudient donc dans des conditions dégradées depuis des années mais devenues insoutenables au moins depuis 2025. Ils et elles ont mobilisé tous les types de recours politiques, administratifs et juridiques : plus de 20 signalements sur le registre de santé et de sécurité au travail depuis mars 2025 (en partie examinés par la Formation spécialisée en matière de santé, sécurité et conditions de travail (F3SCT) le 24 juin 2025), 3 demandes de protection fonctionnelle (depuis sept. 2025), 1 signalement au procureur de la République au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale (en juillet 2025), 5 plaintes et 6 mains courantes ont été déposées dans plusieurs commissariats, plusieurs signalements pour Danger grave et imminents depuis janvier 2026, une plainte au Tribunal administratif (22 janvier 2026), sans compter les mémoires déposés auprès des instances, les interpellations syndicales en CA, une pétition des étudiant·es et une grève.

Qu'on l'envisage sur les 6 dernières années ou sur les 6 derniers mois, la réponse de l'institution est tardive, poussive, fragmentaire et insuffisante. Elle renvoie à deux logiques : demander à en savoir un peu plus avant d'(enfin) agir, et agir par petites touches. Pour ce qui concerne les 6 derniers mois, alors que tous les voyants étaient déjà au rouge depuis bien longtemps, fut annoncée lors de la FSSSCT du 24 juin 2025 une “mission d'évaluation des conditions de travail” regroupant les psychologues du travail, le pôle QVST et la conseillère de prévention, non pas immédiate mais pour la rentrée. Cette mission se trouve de fait redoublée par les auditions qui ont démarré fin janvier 2026 dans le cadre de la procédure de Danger grave imminent, alors même qu'était dépêchée en urgence une “mission spécifique d’appui, d’analyse et de coordination” du VP CA et du VP Finances pour appuyer la Direction de l’IUT sur le plan organisationnel, alors que des enseignant·es découvrent leur emploi du temps chaque semaine depuis septembre.

À moyen et court termes, cette réponse de l'institution maintient auteurs et victimes de violences interpersonnelles en co-présence au quotidien, et place toutes les victimes, directes et indirectes, en situation de subir des violences interpersonnelles et institutionnelles. Elle oblige les victimes à devoir ressaisir inlassablement des nouveaux outils et de nouvelles instances pour tenter de contrecarrer leur silenciation et tenter de se protéger (quant elles n'ont pas décidé de se protéger d'elles-mêmes par des arrêts maladies, absences, démissions ou abandon d'études). Elle place enfin les victimes en situation de devoir témoigner à de multiples reprises de ce qu'elles ont subi, auprès de personnes qui ne sont pas nécessairement formées.

Les discussions au CA du 30 janvier 2026 illustraient parfaitement l'irresponsabilité collective de l'université, et, au premier chef, de ses instances de directions. Personnels et étudiant·es subissent des violences jour après jour, nous le savons, mais pas tous·tes, pas complètement, pas certainement. Des réponses insatisfaisantes sont apportées, ou le seront, dans les prochaines semaines, les prochains jours, mais, de fait, nous considérons que les collègues et les étudiant·es tiendront bien encore un peu, parce que les procédures prennent du temps.

Il est temps de prendre des mesures conservatoires. Il est temps de donner priorité à la protection immédiate des victimes directes et indirectes. De donner priorité à l'IUT de Tremblay.

Vite dit, bien dit

Et deux bonnes nouvelles ! Enfin, nous avons un médecin du travail ainsi qu’un médecin pour le service de santé étudiante !

Report des élections des comités consultatifs. Il est proposé que leur mandat, arrivant à échéance en juin 2026, soit prolongé d’un an. Vote à l’unanimité moins une abstention.

GIS GEMDEV (Groupement d'intérêt scientifique pour l'Étude de la Mondialisation et du Développement). Passage pour Paris 8 de tutelle principale à tutelle secondaire.

Critères d’admission en première année de master pour 2026-2027. Les critères décidés par les formations ont été validés à l'unanimité.

Vos élu·es CA,
Résistons !