CA du 29 mai 2026 : Lignes rouges
Aller ou non au bras de fer avec le ministère ? (sur les frais d'inscription différenciés)
La question des frais d’inscription différenciés des étudiant·es étranger·es extracommunautaires avait été mise à l’ordre du jour, en « questions diverses », à la demande des élu·es Résistons!. Notre objectif était que soit affirmé le fait que cette mesure gouvernementale xénophobe ne serait pas appliquée à Paris 8. La section Sud de l'université avait lancé une pétition interne dans ce sens quelques heures auparavant, et le Poing Levé ainsi que la FSE avait organisé une mobilisation devant l'espace Deleuze le jour du CA.
Le CA a démarré par cette question. Le président a expliqué ce qu'il avait fait depuis quelques semaines pour s'opposer au décret, via des relais parlementaires, et au sein de France Université. Puis, il a soumis un long texte à la délibération du CA. S'il marque l'opposition de l'université au principe des frais différenciés, ce texte n'affirme cependant pas que nous ne les appliquerons pas. Il se termine ainsi par :
C’est pourquoi le Conseil d’Administration de l’Université Paris 8, réuni le 29 mai 2026, demande le retrait immédiat de ce décret. Il faut apporter une réponse juste, socialement et humainement, à la question du financement des universités respectueuse de leur missions d’accueil, de formation, d’émancipation et de promotion sociale. L’université mobilisera l’ensemble des dispositifs disponibles afin de continuer à garantir l’exonération la plus fidèle à ses valeurs.
Le fait que le CA ne s’engage pas explicitement à ne pas augmenter les frais d’inscription pour les étudiant·es extra-communautaires à la rentrée prochaine nous a paru comporter un risque. La présidence a justifié ce choix par le fait qu'une délibération du CA engageait juridiquement l’université, qui pourrait donc être attaquée au tribunal administratif suite au contrôle de la légalité de ses actes par la préfecture (menace d'autant plus concrète en raison de la surveillance de Paris 8 par "la commission des suites" du 15 octobre… cf notre précédent compte-rendu). La menace du tribunal administratif ne peut pas clore un débat qui est amené à se rouvrir régulièrement, sur différents sujets. Le droit est une arme dont les mouvements sociaux se sont emparés de manière croissante ces dernières années, y compris pour lutter contre "Bienvenue en France" (nom du dispositif incluant en 2018 la première décision de hausse des frais d'inscription des étudiants extra-communautaires !). La désobéissance civile en est une autre. Peut-être est-ce, aujourd'hui, la première fois qu'il faudrait assumer de prendre le risque d'être traduits au Tribunal administratif pour avoir refusé de respecter certaines mesures gouvernementales, qui, si elles ne sont pas encore celles d'un gouvernement d'extrême-droite, sont directement inspirées de propositions de l'extrême droite ? Quelles lignes rouges se donne-t-on ? Il serait temps de les fixer, au risque de ne les voir qu'une fois franchies… Ces questions ont été posées en CA par Résistons!, et par une délégation d'étudiants étrangers reçue en séance par le CA à la demande des étudiant·es mobilisé·es.
Après discussion, a émergé une solution, suggérée par Résistons!, consistant à signer deux textes : d'une part le texte proposé par la présidence, comme une délibération du CA de Paris 8 au sens règlementaire du terme, et, d'autre part, un texte signé non pas "du CA" mais par "les des élu·es du CA de Paris 8", plus ferme, sans constituer une décision administrative de P8. Voici ce texte, rédigé collectivement à partir d'une base proposée en séance par Résistons!, signé à l'unanimité des élu·es du CA :
Les élu·es du Conseil d'administration de l'Université Paris 8, réuni·es le 29 mai 2026, affirment leur opposition catégorique au décret publié le 20 mai modifiant les modalités d’exonération des droits d’inscription différenciés pour les étudiants internationaux extra-communautaires. Depuis la création du dispositif « Bienvenue en France » (sic) en 2019, l'Université Paris 8 refuse d'appliquer les frais différenciés pour les étudiants et étudiantes extra-communautaires. En effet, il s'agit d'une mesure discriminante selon la nationalité, et contre-productive pour notre université à de nombreux titres, pédagogiques, scientifiques, culturels, et éthiques. Cela n'a pas changé. Les élu·es défendent unanimement le principe que Paris 8 n'applique pas les frais différenciés pour les étudiantes et étudiants internationaux.
La lutte contre ce décret raciste continue, dans toutes les arènes possibles, y compris Paris 8, car, si le CA est unanime sur les principes et les fins, il ne l'est pas forcément sur les moyens. Et ce qui compte, ce sont les actes.
Tou·tes contre tou·tes pour quelques miettes (le budget)
Débute le processus de préparation du budget initial 2027. A ainsi été soumis au CA une note sur la base de laquelle doit avoir lieu, en séance, le "débat d’orientation budgétaire" (DOB). Elle comprend une description du contexte (alarmant, où l'on apprend entre autre que la subvention pour charge de service public de Paris 8, si on la ramène en € par étudiant·e, est de 30% inférieure à la moyenne nationale des universités — sans compter les prépas et les grandes écoles qui sont notoirement mieux financées que les universités) et des principes qui orienteront le budget : maintenir nos missions avec encore moins de moyens qu'avant. Règlementairement, le CA ne vote que pour attester que ce débat d'orientation budgétaire a bien eu lieu…
Cette note de "débat d'orientation budgétaire" soumise au CA le 29 mai sera ensuite traduite en lettre de cadrage du "dialogue budgétaire" destinée aux services et composantes. C'est sur la base de cette lettre que ces dernier·es devront formuler leurs "besoins". S'amorcera ainsi ce "dialogue budgétaire" réduit à des échanges entre la DPABF (Direction du pilotage des affaires budgétaires et financières) et les services et composantes. Ce dialogue est en effet essentiellement bilatéral : les composantes et les services ne discutent qu'avec la DPABF et le VP budget. In fine, la DPABF traduit ces discussions en proposition de budget initial soumis en fin d'année civile au vote du CA. Aucun dialogue n'est donc organisé entre composantes ou entre services, un dialogue qui permettrait que les besoins des uns s'expriment et s'amendent en fonction de la compréhension de ceux des autres et que s'élabore de l'intérêt général à l'échelle de l'université. Cette partie du processus budgétaire (la remontée des besoins, leur agrégation et priorisation) est donc non publique, non délibérative, purement bureaucratique, le CA validant en bout de course un budget ficelé.
Les élu·es Résistons! déplorent par ailleurs que ce budget soit préfiguré comme un mouton à cinq pattes, le langage creux de la technocratie néomanagérialisée permettant d'entériner des choix sous couvert de non-choix et donc de ne pas en payer le prix politique. La note stipule en effet que l'un des moyens de s'en sortir est, sans surprise, "le développement des ressources propres" ("liées à la formation à distance, [à] la formation continue, [à] l’apprentissage, [aux] appels à projets et [à de] nouveaux partenariats"). Ce "développement des ressources propres demeurera [est-il écrit] une priorité pour 2027 sans remettre en cause les équilibres fondamentaux du service public universitaire [...]." "Toutefois [est-il précisé], ces ressources complémentaires ne peuvent constituer à elles seules une réponse au sous-financement structurel du fonctionnement. Elles sont envisagées comme des leviers complémentaires ou de transformation." Alors, tout va bien. Et puis, comme c'est marginal, on pourra continuer à ne pas mettre les moyens nécessaires à ce que la quête et la gestion des projets soient soutenables par les personnels dédiés et les enseignant·es-chercheur·es. Si les appels à projets constituent désormais la planche de salut de l'université, il s'agirait de l'admettre et, partant, de se donner les moyens de les gérer sans faire encourir des risques psychosociaux aux personnels, sans accroître les injonctions contradictoires pesant sur les enseignant·es-chercheur·es, en se dotant des règles claires quant aux pratiques des frais de gestion, des décharges d'enseignement, en se dotant aussi de règles de péréquation. Toutes nos activités de recherche ont-elles vocation a être potentiellement financées sur projet ? Pourquoi ne pas poser le principe que certaines recherches n'ont pas à être financées sur projet ? Et pourquoi ne pas fixer des règles internes qui permettraient de les financer autrement ? Pourquoi reproduire en interne cette mise en compétition de tou·tes contre tou·tes pour des miettes à travers l'appel à projets interne ? Ce sont en substance les questions soulevées par les élu·es Résistons!
Toutes ces discussions sont bien sûr contraintes par un budget national de casse de l'ESR et des services publics en général, qui n'est pas sans lien avec la politique raciste des frais différenciés demandant aux universités de s'autofinancer en faisant peser leur autofinancement sur leurs usager·es…
Vite dit, bien dit
Repyramidage. Et voici l'ultime campagne de repyramidage (transformations de MCF HDR en poste en PR) : elle a été ouverte pour seulement quatre sections CNU (6, 16, 22, 70/71), avec seulement un poste par section. On s'étonne de ne la valider en CA après qu'elle a été rendu publique début mai sur allp8… le calendrier et les candences imposées par le ministère rend la démocratie universitaire bien difficile à pratiquer. Si jamais certaines personnes avaient pu croire que la LPPR (loi de programmation pluriannuelle pour la recherche) qu'on nous a imposée en 2021 – et contre laquelle nous nous sommes massivement battus –, était la solution car elle permettait de transformer des postes de MCF en postes de PR à peu de frais, là ils et elles auront compris que le repyramidage fut le un miroir aux alouettes particulièrement inégalitaire…
Changement de nom de l'UFR LLCE-LEA. Il devient "Langues et cultures étrangères". Adopté à l'unanimité.
Adhésion à l'Alliance européenne des académies des beaux-arts. L'UFR Arts souhaite adhérer à cette alliance. Adopté à l'unanimité.
Vote sur l'enveloppe pour les CRCT. Paris 8 accorde en général 60 000 euros, ce qui correspond environ à 12 CRCT (congés pour recherches ou de conversions thématiques) d'un semestre, 8 autres étant habituellement attribués par le ministère, mais nous n'avons toujours pas reçu de notification cette année. Résistons! constate que cette somme ne correspond qu'à des charges de cours et non à des demi-ATER. L'intersyndicale demande également de clarifier les critères d'arbitrage et de procéder à une large campagne de sensibilisation, car il y a en général peu de candidatures. Il faudra d’ailleurs s’interroger sur cette auto-censure des collègues, et ses raisons. L'enveloppe est votée à l'unanimité moins 3 abstentions.
Fédération de recherche sur les Migrations. Le document Projet de Fédération de Recherche sur les Migrations a été adopté à l'unanimité.
Présentation des projets FSDIE. Les choix de la commission FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes) ont été validés à l'unanimité.
Motion sur le programme PAUSE. Résistons! a rappelé que notre université aurait dû accueillir cette année deux lauréats PAUSE (Programme d'accueil en urgence des scientifiques et d'artistes en exil), des artistes de Gaza, une écrivaine et un dessinateur. Paris 8 a fait le nécessaire, MAIS le gouvernement français a bloqué toutes les entrées de personnes en provenance de Gaza depuis août dernier, ce qui constitue un terrible scandale quand on sait que même l'Italie de Meloni les accueille ! Résistons! propose la rédaction d'une motion, à l'instar d'autres universités. Une motion étant en préparation au CORI (comité aux relations internationales), on attendra le prochain CA pour la proposer aux élu·es.
Refus de la venue à Paris 8 d'Anasse Kazib. Le Poing Levé organisait le samedi 30 mai une série d'événements intitulés "Rencontres anti-impérialistes", qui ont été autorisés par la direction. Cependant, la venue d'Anasse Kazib a été interdite, sous prétexte qu'il est en attente d'un procès pour "apologie du terrorisme" (les fameux procès qui menacent toute militante ou militant pro-palestinien) en juin. Le président explique que la direction s'est trouvée quelque peu débordée : elle travaillait sur ce programme avec le Poing Levé depuis des semaines lorsqu'elle a appris la venue d'Anasse Kazib par les réseaux sociaux 4 jours avant, et que c'est la deuxième fois déjà que cela se passe ainsi alors qu'il a été demandé clairement la dernière fois précédemment à ce que ça ne se reproduise plus. Il évoque la menace de la "commission des suites" que le ministère a imposé à Paris 8 (cf. le compte rendu du dernier CA). La représentante du Poing Levé estime qu'il s'agit tout de même d'une censure.
Vos élu·es CA,
Résistons !